La Belle et la Bête

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© Ralf Brinkhoff & Birgit Mögenburg

Ça se bouscule aux portes du théâtre Mogador. La foule frétille d’impatience pour le lancement du spectacle musical venu de Broadway, 'La Belle et la Bête', version française. Une petite fille en robe de princesse, portée juste pour l’occasion, des parents excités, deux copines ou encore un couple de trentenaires apprêtés. Tous sont venus rechercher la féérie, ou retrouver leur âme d’enfant. On aura beau dire, c’est un peu ça, la magie Disney.

La voix de Catherine Deneuve amorce le « Il était une fois » dans une belle sobriété, et nous raconte comment le Prince a été transformé en Bête. C’est alors que l’orchestre en avant-scène donne le ton du premier tableau, qui s’ouvre sur le village de Belle, transformant l’alcôve à l’italienne en véritable décor de situation, où les commerçants se croisent et chantent tout en vacant à leurs occupations.

Les vagues souvenirs du dessin animé de 1991, rangés dans un petit coin de nos têtes, ressurgissent soudain comme par enchantement. L’héroïne, taxée d’intello par ses voisins, se fait courtiser par ce goujat de Gaston, et entretient une relation fusionnelle avec son illuminé de père, qui l’emmènera aux portes du château de la Bête. Tout y est. Le spectacle colle parfaitement avec Disney (l’affiche avait donné le ton) mais sans tomber dans la mièvrerie.

Tous les ingrédients d’un bon divertissement sont réunis : des décors féériques, qui nous portent de tableau en tableau jusqu’à l’escalier central duquel descendra la Belle le soir du fameux dîner, et des costumes imaginatifs pour les domestiques du château – Zip, l’enfant, apparaît dans une tasse qui laisse juste entrevoir son petit visage tout rond, et Lumière, le majordome, fait sortir du vrai feu de ses deux bras en bougeoir.

Mais la magie se grippe quand les scènes se font trop bavardes. On comprend alors que sans la musique et les bruitages, les personnages peinent à susciter de l’émotion. Surtout les têtes d’affiche – Belle qui joue avec trop de candeur, et la Bête beaucoup trop douce pour être crédible – sont éclipsées par des personnages secondaires brillants, comme Lumière (Dan Menasche) qui séduit le public avec son panache et sa verve toujours justement caustique.

Heureusement, la mise en scène se permet quelques libertés avec l’œuvre de Walt Disney. C’est donc l’occasion de découvrir des morceaux complétement inédits, et des danses qui viennent s'ajouter à l’ensemble. On retient celle de la taverne avec Gaston et tous les villageois et celle du festin, où les danseurs, déguisés en assiettes et couverts, se lancent dans une danse endiablée de french cancan. A ces moments-là, le spectacle effleure la magie qu’on attendait d'un spectacle musical de Broadway (en déboursant 50 euros tout de même !), de quoi nous faire presque oublier les instants où les artistes ressemblent plus à des pantomimes de Disneyland qu’à de véritables comédiens.

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