Le Garçon sort de l'ombre

  • Théâtre
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© Pascal GELY

 Dans un sombre appartement enfumé par la cigarette, au sein d’une chambre où règne le désordre moral, se déchirent une mère au chômage et son fils, Jean. Une femme rongée par la frustration et le manque de reconnaissance, qui écrase sa progéniture de ses aspirations de gloire sociale dans la capitale. Face à elle, un jeune homme tourmenté par la dépendance maternelle et ses démons adolescents. Une dualité conflictuelle, fascinante, qui dessine le rapport passionnel sous tous ses aspects : malsain, destructeur, intense, authentique et beau.

Sur scène, Sylvain Dieuaide interprète avec puissance et justesse le choix impossible que Jean doit faire, entre la liberté et l’attachement servile à sa mère. Une descente silencieuse et inéluctable vers la folie, jusqu'aux limites de l'implosion. La nocivité de la mère nous apparaît grâce au jeu ambigu de Virginie Pradal, qui incarne un personnage aussi drôle et provoquant que profondément malheureux et malsain, explosant comme un cri tout au long de la pièce. Un jeu intense sublimé par une mise en scène minutieuse et un décor unique : des néons pour colorer les vices du cabaret, une lampe de chevet usée pour tamiser les lieux de l’enfermement, et des coins d’ombre, partout, dans lesquels le garçon se cache, rêve et souffre.

L’espace prend ainsi des visages différents au fil des jeux de lumières. Une pièce cathartique intensément réaliste et tragique, dans laquelle toute tentative pour sortir de la misère sociale ne peut mener qu'à une issue funeste. « Il ne faut pas chercher à remonter le courant mon fils. Tu n'es pas un saumon. Tu es un homme sur la terre. » Un spectacle sombre, mais enivrant.