Le Grand C

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© Christophe Raynaud de Lage

La représentation commence dans une poignée de minutes à peine. Et la file des spectateurs serpente le long du chapiteau. Un œil sur le programme et vous voilà informés que les dix-huit acrobates de la compagnie XY ont réalisé, depuis 2009 et la création du spectacle 'Le Grand C', 82 000 saltos, 44 000 colonnes à trois, quatre ou cinq. On y apprend aussi que les voltigeuses ont passé 113 400 secondes en l’air et 5h15 en apesanteur. Autant de chiffres qui ne laissent rien présager de la poésie de l’instant à vivre. Et pourtant… De ce spectacle qui ne repose que sur des portés acrobatiques à géométrie variable, les XY font jaillir émotions et sensations. D’abord, les acrobates arrivent un à un sur la piste carré de ce chapiteau à quatre dômes. Les pieds ancrés dans le sol, les porteurs accueillent sur leurs larges épaules deux étages humains. Sans vaciller. Les muscles saillants se dessinent alors sous le poids de la performance. Puis le rempart se défait aussi gracieusement qu'il s'était construit. De même que les colonnes de corps se montent et se démontent au gré d’une histoire où les personnages semblent se défier. Les regards sont appuyés et la mécanique des corps, bien huilée. Très vite, on comprend que les XY se jouent des genres, du rapport (de force) homme/femme. Sous les yeux de ses comparses masculins et d’un public médusé, une voltigeuse forme sa colonne. Un, deux puis trois corps s’élèvent au-dessus d’elle. On retient son souffle. L’acrobate tremble mais résiste. Parfois les corps dérapent et se rattrapent dans la bienveillance des acrobates, le sourire de celui qui chute. La complicité des dix-huit est une évidence. Une évidence dont on prend la mesure quand les corps s’élancent sans retenue dans les airs. Omniprésente, la musique de Marc Perrone souligne avec justesse le poésie de ce ballet aérien. Idem pour la lumière signée Vincent Millet : discrète, efficace.

Alors après 70 minutes, 25 sourires esquissés et 33 accélérations cardiaques, on quitte le chapiteau léger. Comme si, nous aussi, nous avions passé quelques minutes en apesanteur.

Site Web de l'événement http://www.villette.com/fr/