Le Jeu de l'amour et du hasard

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© Camille Tissot

Dans la petite salle intimiste du théâtre de Belleville, on redécouvre le plaisir de voir une pièce dans son plus simple appareil : pas de décor, pas de mise en scène originale, et la toute-puissance rendue au texte de Marivaux.

Le ‘Jeu de l’amour et hasard’ s’ouvre in media res sur un conflit à deux visages, celui de Silvia, une jeune première, et Lisette, sa servante, l’une portant le masque de la modernité, l’autre celui de la tradition. Sur ce ring de boxe de cour d’école, les arguments fusent à mesure que l’enjeu grandit : comment doit-on aimer au XVIIe siècle ? Silvia essaye de convaincre sa compère de l’absurdité du mariage forcé, alors que celle-ci semble se plaire à se fondre dans la masse : « Mon cœur est fait comme celui de tout le monde, de quoi le vôtre s’avise-t-il de n’être fait comme celui de personne ? » La découverte de l’amour chez Marivaux est toujours problématique. Et c’est justement dans cette difficulté de s’aimer que naît bien souvent la comédie. On retrouve ici tous les ingrédients d’un bon marivaudage : valets audacieux, imbroglios divers, amours secrètes et bien entendu, des revirements de situations. Silvia et son promis, Dorante, tenteront d’échapper à leur mariage arrangé en décidant de se travestir en leurs valets respectifs afin de s’observer de loin et laisser « l’amour et le hasard » faire le reste.

Sur scène, des jeunes acteurs, issus de l’école de théâtre d’Asnières, excellent dans leurs personnages. Si à les voir entrer sur scène, on ne peut s’empêcher de grimacer, pensant sans doute que leur jeune âge est synonyme de manque d’expérience. Quelle erreur ! Il n’en fallait pas plus à cette pièce, l’une des plus connues du répertoire, pour retrouver toute sa fraîcheur et son zèle, avec des acteurs qui détournent brillamment leurs caractères : Silvia devient une mini-miss effarouchée, son petit frère un cowboy gentleman et Lisette une prétentieuse maniérée.  

Chaque personnage du 'Jeu de l'amour et du hasard' s’apparente alors au comédien, dans ce plaisir qu’il a de jouer la comédie. L’amour chez Marivaux ne peut transgresser les conditions sociales que par le jeu. Dans ce spectacle, l’acteur qui s’est débarrassé de toute mise en scène et du décor, retrouve la toute-puissance de sa parole. Le théâtre de Belleville l’a donc bien compris : c’est dans la langue de Marivaux que l’on puise toute la modernité de la pièce. Finalement, ce soir-là on apprécie le théâtre dans sa forme la plus simple, loin des mises en scène ultra-contemporaines que l’on prête bien (trop) souvent aux textes classiques. 

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