Les Bonnes

Julien Cauvin

Relations ambigües, machinations mortelles, sadisme et troubles de l’identité… La Compagnie Théâtre A investit le plateau du Lucernaire cet été pour jouer la célèbre pièce de Jean Genet, 'Les Bonnes'. L’histoire, celle de deux sœurs domestiques qui complotent le meurtre de leur maîtresse, est inspirée d’un sordide fait divers des années 1930. L’adaptation d’Armel Veilhan et Serge Gaborieau met l’accent sur la complexité des relations entre les trois personnages principaux. La scène, d’une blancheur clinique, laisse la liberté aux deux jeunes comédiennes, Marie Fortuit et Violaine Phavorin, d’interpréter avec talent les sœurs Claire et Solange. A leurs côtés, on retrouve pour jouer Madame une Odile Mallet au port fier et au jeu très réaliste. On est tantôt pris d’affection pour cette vieille aristocrate, qui semble considérer Claire et Solange comme ses filles, tantôt fascinés, voire agacés, par ce que la noirceur des sentiments de ces deux sœurs renvoie en nous. « Ces bonnes sont des monstres comme nous-mêmes quand nous nous rêvons ceci ou cela » disait Genet, et c’est ce que nous présente la pièce ici : la folie, qui s’empare peu à peu des petites domestiques, leur relation à la limite de l’inceste et le rapport de haine que celles-ci entretiennent avec Madame nous prennent aux tripes. Même si on regrette que la pièce dure si peu de temps (une heure à peine), la chute de ce trio infernal et passionnel reste un classique sur la condition humaine qu’il faut avoir vu au moins une fois.