Les Fausses Confidences

  • Théâtre
© Pascal Victor

Quiproquos, valets manipulateurs, amours secrètes, révélations finales… On a beau connaître sur le bout des doigts les ficelles du théâtre de Marivaux, rien n’y fait. L’écriture de ce génie du XVIIIe siècle réussit systématiquement à insinuer le doute dans nos esprits. Pourtant, on le sait que cette comédie se finira forcément bien. On les a déjà vus, ces deux-là, Dorante et Araminte, qui n’osent pas s’avouer leur amour mais qui, au bout du compte, se jetteront dans les bras l’un de l’autre. Quand bien même, jusqu’au dénouement on hésitera, on tremblera et on soupirera avec eux. « Eux » sont interprétés par Isabelle Huppert, Louis Garrel et Bulle Ogier. Rien que ça. Un casting bankable qui assure à l’Odéon un taux de spectateurs record sur ses fauteuils carmin.

C’est qu’il faut un certain panache, une bonne dose d’intelligence textuelle et une sacrée expérience du plateau pour éviter que ces « fausses confidences » ne se résument à une énième lecture assommante et insipide. Luc Bondy en sait quelque chose, lui qui a déjà par trois fois mis le nez dans les affaires de Marivaux, et investit la scène à son service. Pour cette nouvelle mise en scène, le directeur de l’Odéon a invité sur son plateau une pléiade de comédiens aguerris. A commencer par Jean-Damien Barbin, qui campe un Arlequin au teint cendré et à l’interprétation nourrie de détails. Et bien sûr Isabelle Huppert irradie en Araminte mutine dans son pyjama ivoire siglé Dior, sans voler la vedette aux autres personnages, plus secondaires mais tout aussi essentiels dans la dramaturgie marivaudienne. La réussite de ses ‘Fausses Confidences’ ne réside ainsi pas dans une scénographie audacieuse, ni dans une mise en danger extrême mais dans la fluidité des complots et l’évidente complicité des protagonistes. Un spectacle rôdé comme la 2CV de papi, et qui, comme elle, manque parfois d’un peu de fougue.

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