Nouveau Roman

©Jean-Louis Fernandez
Colline, 20e arrondissement dimanche 9 décembre 2012 15:30 - 0:00
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Une grande scène avec des airs d’amphi, une troupe de comédiens qui nous adresse tout de suite la parole. Un d’entre eux la prend plus particulièrement, dès le départ : Julien, le frère de Christophe Honoré, dresse le décor de ce que nous sommes sur le point de voir. Une création issue de l’éducation littéraire du metteur en scène, réalisateur et écrivain. Education non pas forcée mais choisie, car très tôt, comme les anecdotes nous le racontent, Christophe Honoré s’est tourné vers le nouveau roman. D’abord grâce à la plume de Marguerite Duras, qui hantera ses rédactions tout au long de ses années collège, à grands coups de « Tu me tues, tu me fais du bien ».

Ils sont tous là ou presque, les protagonistes de ce fier mouvement de contestataires, rebelles du récit, adeptes de la forme envers et contre tous. Le fantôme du grand absent — tant respecté que personne n’a osé s’y frotter —, Beckett, plane au-dessus de ses pairs, les couvant de son aura.

Il ne s’agit pas ici d’incarnation au sens réaliste du terme — comme le souligne l’interprétation de personnages masculins par des femmes (Michel Butor, Jérôme Lindon), ou de Françoise Sagan par un homme —, mais de représenter ces figures par leurs dires et leurs écrits. On sait l’immense travail de recherche et de documentation qu’il a fallu pour permettre de retracer l’histoire de ce mouvement, et la mise en scène, un tantinet trop didactique, nous en apprend en effet beaucoup sur la cuisine interne du nouveau roman. La reconnaissance atteinte par Butor d’abord avec le Renaudot en 1957, le Goncourt de Duras en 1984, le Nobel de Claude Simon en 1985... Et le combat contre l’anecdotique, le roman de mœurs, les tranches de vie, l’autobiographie, brûlant Claudel, Aragon, Beauvoir, Anatole France et les autres dans un autodafé jubilatoire.

Anaïs Demoustier, petit bout d’actrice de 25 ans, porte sur ses épaules le monument Duras sans vaciller le moins du monde. A l’instar de Ludivine Sagnier — qui campe Nathalie Sarraute et à qui la scène ne va pas mal non plus —, elle chante divinement l'"India Song" écrite par Duras, révélant une voix d’une grâce et d’une fraîcheur tout à fait alarmantes. Des coupures musicales fidèles au style Honoré qui viennent ponctuer la pièce de façon salvatrice. Et le metteur en scène de prouver encore une fois son habileté à sublimer des actrices de cinéma en les faisant jouer au théâtre ; talent qu’il avait démontré en 2009 avec ‘Angelo, tyran de Padoue’ dans laquelle figurait déjà Anaïs Demoustier, ainsi que Clotilde Hesme et Emmanuelle Devos, toutes deux époustouflantes dans la partition d’Hugo.

Progressivement, le parfum d’une soupe aux poireaux concoctée sur scène vient chatouiller nos narines et embaumer la salle, à qui on donnera la parole : « Quelqu’un a un problème contre le nouveau roman ? » Un spectacle moderne, forcément moderne, sur des enjeux de forme qui résonnent plutôt pertinemment dans le climat artistique contemporain.

Nom du lieu Colline
Contact
Adresse 15 rue du Malte Brun
Paris
75020
Transport Metro: Gambetta Bus: 26, 60, 96, 102
Prix 29€
Téléphone de l'événement 01.44.62.52.52
Site Web de l'événement http://www.colline.fr/