Que la noce commence

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© Brigitte Enguérand

Le théâtre de Didier Bezace a assurément quelque chose de magique. A la fois populaire et exigeant, narratif et visuel, il invite au voyage les spectateurs enfoncés dans leur large fauteuil carmin. D’ailleurs, en ce soir de 1953, ce n’est pas à Aubervilliers que nous avons rendez-vous avec lui, mais au cœur d’un village roumain. Un paysage éclairé par le blond des champs de blé et les amours bruyantes de Iancu et Mara. Un jeune couple aux joues roses dont les noces seront bientôt bouleversées par la mort de Staline.

Adapté du film de Horatiu Malaele ‘Au diable Staline, vive les mariés !’, ‘Que la noce commence’ a bénéficié pour sa version théâtrale des talents de dramaturge de Jean-Louis Benoît (avec qui Bezace a créé le théâtre de l’Aquarium).Des répliques assassines de la grand-mère Emilia jusqu’aux rugissements d’Aschie (le père de Mara), les dialogues rebondissent et rythment un spectacle aux allures de fanfare balkanique. Ecrite comme une partition musicale, la pièce plaît autant par sa fougue que par les personnages colorés et attachants qui peuplent sa scène. Un barman qui apparaît et disparaît d’une trappe, des verres de prune à la main, des tourtereaux qui s’embrassent frénétiquement derrière des draps tendus, un petit qui se faufile sous les jupons de la fille de joie, un nain épris d’une géante équilibriste… Autant d’histoires racontées avec poésie et humour et qui finiront écrasées par l’Histoire.

Du théâtre, Didier Bezace en extrait le meilleur, des comédiens triés sur le volet (Alexandre Aubry, Daniel Delabesse, Arno Chevrier, on aimerait tous les citer), une scénographie ingénieuse et un art de la narration quasiment cinématographique. A la Commune depuis 1997, Didier Bezace présente avec ‘Que la noce commence’ son dernier spectacle en tant que directeur, sortez vos mouchoirs.

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