Tabac rouge

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© Richard Haughton
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James Thiérrée, petit-fils de Charlie Chaplin (et arrière-petit-fils d’Eugene O’Neill), né pour ainsi dire sous le chapiteau du Cirque Bonjour monté par ses parents, Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thiérrée, s’est forgé un nom grâce à des créations enlevées et gracieuses, conciliant cirque, théâtre et danse. ‘La Symphonie des hannetons’ et ‘Au revoir parapluie’ avaient marqué notamment par leur poésie et leur beauté célestes. Avec ‘Tabac rouge’, il opère un changement de cap radical et signe son œuvre la plus sombre.

Première différence majeure : James n’est pas sur scène dans ce chorédrame baroque, et sa présence solaire manque cruellement. Comme seule note d’intention, le metteur en scène et chorégraphe exhume une citation de Pasolini : un enfant dont le regard s’assombrit à la vue de son reflet dans un miroir et qui se questionne sur le corps et sur la forme. Et en effet la scénographie de ‘Tabac rouge’ est une invitation à passer de l’autre côté du miroir. L’envers noir, crasseux et enfumé d’une manufacture sinistre, à la bureaucratie rigide et à la hiérarchie impudente. Autour de la figure d’un roi croulant et marmonnant (Denis Lavant, caricatural et décevant), les danseurs grouillent comme dans une fourmilière. Sur de la musique lyrique, des sons distordus, et des compositions originales de Matthieu Chédid, situations cocasses et chorégraphies étranges s'enchaînent. Se débarrassant de certains artifices, l’artiste lève le voile sur les mystères du plateau, comme en témoignent les cintres apparents, très bas sur scène, et l’imposante structure métallique incrustée de miroirs, manipulée à vue par les acrobates, danseurs et comédiens, qui plombe ou démultiplie l'espace. Si de très beaux tableaux se dessinent de cette esthétique absconse, et si par instants on retouche à la magie des premiers spectacles de Thiérrée, la trame, qui échoue à maintenir l’unité de l’ensemble, ne parvient malheureusement guère à captiver.

Symptomatique, peut-être, d’un passage à la maturité en train de s’opérer, ce cinquième opus de James Thiérrée, encore prisonnier de la pénombre de la chrysalide, interpelle mais ne ravit pas, ni n’émeut.

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