Un métier idéal

Le livre 'A Fortunate Man', qui date des années 1970, est presque méconnu en France. Pas étonnant : il n’a été traduit dans la langue de Molière qu’en 2009 sous le titre 'Un métier idéal'. Coécrit par un auteur et un photographe, cet ouvrage, tel un récit d’investigation, suit les pas de John Sassall, un médecin de campagne. Ce dernier exerce dans un coin perdu de l’Angleterre dont les habitants s’appellent « les forestiers » – ça ne s’invente pas. L’homme, à la volonté et au sacerdoce inébranlables, y fait office de généraliste, de gynécologue et de sage-femme, de psychologue, de pédiatre, de gérontologue, etc.

Alors que l’acteur Nicolas Bouchaud entre en scène sans un bruit, les voix du public s’arrêtent. Il sort un petit carnet et nous rassure : « Vous pouvez continuer à parler, vous savez. » Il interpelle quelques spectateurs « pour savoir s’ils sont bien là ». Des mains se lèvent. Incrédules, les gens se regardent. Le spectacle a-t-il commencé ? Est-ce qu’il joue ou est-ce qu’il nous parle vraiment ? C’est finalement la question que l’on se pose tout au long de la pièce. Le comédien joue constamment sur le fil du rasoir avec subtilité et ambiguïté. La narration, loin d’être linéaire, est entrecoupée de récits biographiques de l’acteur, d’interpellations du public et de moments inclassables. On est projeté de l’Angleterre profonde au théâtre du Rond-Point en un clin d’œil. Il pose des questions absurdes voire macabres avec un petit air sadique : « Avez-vous une maladie infantile préférée ? » Il joue avec les instruments de sa mallette de médecin et la transforme en véritable boîte à rythmes en s’amusant comme un gosse, un peu à la manière de Mister Bean.

Soudain retentit un message sur le répondeur : « Docteur, j’ai mal absolument partout. » Et l’acteur de nous regarder, l’air dépité. Le livre n’est en fait qu’un point de départ autour duquel Nicolas Bouchaud va tenter de tisser avec le public la même relation de confiance qu’un médecin envers son patient. Pour ce faire, pas besoin d’un décor grandiose. Juste une toile de fond représentant la photo en noir et blanc d’un paysage. Simple ? Pas tant que cela, car elle change imperceptiblement en dévoilant de nouveaux détails : une maison apparaît au milieu de la végétation, les lumières des fenêtres s’allument, deux personnages se dessinent. Au fur et à mesure des histoires racontées, le tableau se précise. Toutes ces petites scénettes qui viennent ponctuer la narration principale permettent de mieux dépeindre ce paysage campagnard et l’éventail infini des détresses humaines auxquelles un médecin est confronté. Le spectacle se termine par quelques blagues de médecin : finalement, quel meilleur remède que le rire ?

Téléphone de l'événement 01 53 45 17 00
Site Web de l'événement http://www.festival-automne.com