Yukonstyle

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Yukonstyle

Quand on s’installe sur le bord des rives du Yukon avec les personnages de Sarah Berthiaume, on est tout de suite plongé dans la rudesse de l’hiver canadien, dans le malaise de la solitude et la poésie des cœurs en quête de délivrance. Quatre bouts de vies brisées, qui s’entrecroisent, s’apprivoisent et se comprennent, nous racontent l’histoire des hommes en fuite et en quête de réponses, au milieu de nulle part, isolés par le froid et leur fierté.

Portée par une brillante mise en scène de Célie Pauthe, à la fois cinématographique et lyrique, la pièce jongle entre moments de fureur, contes spirituels amérindiens, et parenthèses poétiques, suspendues dans le temps comme des moments de grâce. En prise avec l’histoire douloureuse de la colonisation des populations autochtones, ‘Yukonstyle’ nous parle de survie, dans le vide impitoyable de ce territoire, et après les traumatismes d’un passé qu’on voudrait oublier.

Sur fond de cris, de folk et de prose, l’atmosphère est à la fois pesante et empreinte d’une grande beauté. Le jeu brut et authentique de la troupe laisse entrevoir la sensibilité subtile, la fragilité cachée de chacun des personnages. Flore Babled interprète notamment, avec beaucoup de candeur, une adolescente paumée et triste qui vient chercher un peu d’amour dans l’exil. Et même son sourire, au moment du salut, semble porter la pureté de l’enfance.

Si l’on est emporté dans les courants du fleuve du Yukon, c’est parce qu’on imagine : les paysages interminables des frontières de l’Alaska ; c’est parce qu’on voit : la souffrance inguérissable de ceux qui ont perdu l’essentiel ; c’est parce qu’on touche : une vérité profonde sur la condition humaine, sur la recherche incessante de sérénité.

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