A Dangerous Method

Cinéma, Drame
  • 3 sur 5 étoiles
0 J'aime
Epingler
A Dangerous Method
A Dangerous Method

Avec ‘A Dangerous Method’, il se pourrait que David Cronenberg laisse certains de ses fans un peu perplexes... Le réalisateur canadien de ‘Crash’ et ‘A History of Violence’ y dépeint les relations tumultueuses du psychiatre suisse Carl Gustav Jung (Michael Fassbender) avec sa patiente Sabina Spielrein (Keira Knightley), ainsi qu’avec son célébrissime homologue autrichien, Sigmund Freud (Viggo Mortensen). Le scénario est de Christopher Hampton (‘Atonement’, ‘Cheri’), adapté d’une de ses pièces ; et cet héritage théâtral, renforcé par le style de la mise en scène de Cronenberg – lente et stricte – en fait indéniablement un film littéraire.

L’histoire se déroule linéairement, de 1904 à 1913 : années cruciales pour Jung, à la fois dans sa vie personnelle et sur le plan professionnel de sa pratique analytique. Au moment où il s’installe à Zurich avec son épouse Emma (Sarah Gadon) et leurs enfants, Jung prend en charge le cas troublant de Spielrein, jeune femme brilante dont le passé familial tourmenté laisse entrevoir des liens troubles entre sa détresse affective et sa sexualité. En parallèle, et très rapidement, une forte complicité intellectuelle unit Jung à Freud, alors à Vienne, où les deux hommes, qui partagent beaucoup de leurs idées, s’affrontent aussi sur plusieurs points. Le temps passant, la relation de Jung avec Spielrein s’obscurcit, jusqu’au moment où les barrières qui séparaient le médecin de sa patiente s’effondrent.

Si l’on ne saurait mettre en doute la pertinence de ‘A Dangerous Method’ comme compte rendu précis des théories de Jung, de Freud et de leurs évolutions, le film éprouve cependant quelques difficultés à décoller... Surtout, la théâtralisation excessive de Knightley pourrait faire fuir. Heureusement, son interprétation s’améliore au fur et à mesure que son personnage gagne en consistance, évoluant à notre grand soulagement après la première scène du film, où l’on assiste à son internement, franchement surjoué, en hôpital psychiatrique. Par contre, la plupart des scènes entre Fassbender et Mortensen sont rapides, tranchantes, enlevées. Elles permettent de recadrer la structure générale du film, parfois un brin chancelante. De même pour la brève apparition de Vincent Cassel, qui détend l’atmosphère dans le rôle d’un psychiatre révolutionnaire, l’Autrichien Otto Gross, mauvaise conscience de Jung qui le pousse à suivre pleinement ses instincts – autrement dit, à foncer dans l’adultère sado-maso avec Spielrein.

On l’a lu et relu, certes, c’est un long métrage atypique dans la filmographie de Cronenberg ; mais il semblerait que la critique ait un peu forcé le trait à ce sujet. En effet, est-il vraiment surprenant qu’un réalisateur qui a passé son temps à fouiller l’âme humaine se sente aujourd’hui concerné par la naissance de la psychanalyse, et partage sa curiosité pour le fonctionnement de l’esprit ? Déjà, l’un de ses plus grands films, ‘Spider’, racontait avec beaucoup d’imagination l’histoire d’un type parti en vrille. On y retrouvait d’ailleurs Ralph Fiennes, également interprète du rôle de Jung dans la pièce originale de Hampton, au milieu des années 1990. Sans doute faut-il donc percevoir un lien assez profond entre la pièce et ces deux films – a fortiori, sachant que le film ‘A Dangerous Method’ resta en gestation plusieurs années.

Visuellement ultra-classique, il souffre hélas de la rigidité du carcan de la reconstruction historique – d’autant que le drame qui s’y joue est avant tout intérieur. En revanche, l’une des grandes forces du scénario de Hampton (et vraisemblablement de sa pièce) est que les deux histoires du film – l'amitié de Jung avec Freud et sa douloureuse histoire d’amour avec Spielrein – se complètent à merveille, apportant chacune un éclairage original au récit. Du coup, au moment où le film se clôt en 1934, on se dit bien que Cronenberg et Hampton ont réussi à dresser un portrait exhaustif et révélateur de Jung, aussi bien sur le plan professionnel que personnel… mais que l’ensemble du film qui le porte n’est pas toujours aussi abouti.

Par Dave Calhoun / trad. Charlotte Barbe

Détails de la sortie

Durée 79 mins

Crédits

LiveReviews|0
1 person listening