Amador

Cinéma, Drame
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Amador

Oubliez le pétrole, le plastique ou la fibre optique. Nelson ne jure que par les fleurs : un business qui ne connaît pas la crise puisqu’il célèbre l’amour, les naissances et la mort. La vie, quoi. Seulement parfois, pour forcer un peu le destin, il faut tricher un peu. Par exemple en aspergeant ses bouquets, conservés au frigo depuis des jours, d’un peu d’odorant artificiel...
 
Cette petite réflexion anodine, glissée comme si de rien n’était au milieu du film de Fernando Leon de Aranoa, saisit parfaitement l’essence d’’Amador’. A priori oppressant, ce huis clos entre une jeune femme et un cadavre prend en fait la forme d’un conte délicat, presque philosophique, sur la conscience morale, la force des défunts, la réincarnation et les choix contradictoires que la précarité et la culpabilité religieuse peuvent nous conduire à faire. Le tout mené avec intelligence et une bonne dose d’humour, légèrement noir, comme on l’aime.
 
Marcela, jeune Latino-Américaine échouée dans une banlieue espagnole avec son petit ami vendeur de fleurs ambulant (Nelson, donc) subvient aux besoins de son couple claudicant (et oui, on vous a un peu menti, le commerce des fleurs ne marche pas si fort que ça) en s’occupant d’un vieux mourant, Amador. Seulement voilà, le malade décède bien trop tôt et Marcela, qui a vraiment besoin d’argent, se trouve face à un dilemme : vivre dans la misère avec Nelson, ou ne prévenir personne, conserver Amador quelque temps encore dans son lit pour gagner un maximum de temps et d’argent, et devenir, enfin, maîtresse de sa vie.
 
Comme il fallait bien trancher (sinon le film s’arrêtait là), elle choisit la seconde option. Acceptant peu à peu sa destinée, Marcela se met à agir comme une sorte de sage-femme, pécheresse juste et héroïque qui fait passer l’âme d’Amador de l’autre côté et donne un sens à son absurde décès. Certes, le jeu de Magaly Solier peut gêner, tant il paraît parfois malhabile, étriqué, mou. Mais on finit par s’habituer à cette énergie de gant de toilette et même à y trouver un certain charme, à mesure qu’elle s’avère en parfait décalage avec la volonté de fer du personnage, déterminé et courageux face à l’imprévu… Au fil des tableaux, silencieux, à l’affût du moindre geste, d’une lenteur grisante (et jamais ennuyeuse), ‘Amador’ réussit à puiser dans la mocheté funèbre de cet appartement fané, et dans l’existence glauque de son héroïne, une sorte de beauté subliminale. La vie, l’amour et les problèmes de pécules prennent le dessus sur la mort. Avec l’aide, bien sûr, d’un peu d’odorant artificiel à l’eau de rose.

Par Tania Brimson

Détails de la sortie

Date de sortie mercredi 15 février 2012
Durée 112 mins

Crédits

Réalisateur Fernando León de Aranoa
Acteurs Celso Bugallo
Pietro Sibille
Magaly Solier
Sonia Almarcha