Hors Satan

Cinéma, Drame
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Hors Satan

A priori, ‘Hors Satan’ narre les errances d’un vagabond et d’une gothique à travers la campagne. En fait, c’est un immense poème sur le sacré dans un monde qui en a perdu le sens.

Rappelant assez les films de Robert Bresson, la grandeur du sixième long métrage de Bruno Dumont est de parvenir à développer une pratique du cinéma qui corresponde à merveille à son propos mystique. Austère, la mise en scène témoigne d’un net refus des codes usuels, profanes, ou des modes de narration romanesques. Très peu de dialogues, donc : le moindre mot tend à la prière. Et même les banalités qu’on échange sur la pluie et le beau temps en acquièrent une puissante densité évocatrice et symbolique.

Contemplatif, ‘Hors Satan’ s’attache à sonder le mystère de l’apparition, de la représentation, de la vision, comme autant de questions transversales au spirituel et au cinéma. Il s’y passe au fond beaucoup de choses, mais qui relèvent de la suggestion, du sensible non verbalisé, où le spectateur est mis à contribution à travers sa propre réceptivité au spectacle de la nature (certains paysages à couper le souffle) et du merveilleux qui l’habite.

Aussi, l'intelligente subtilité de Dumont est d’aborder la magie sous un angle naturaliste – un peu à la manière du christianisme torturé de Bernanos, où le surréel, généralement absent, ne se manifeste que par épiphanies (à la rencontre d'un démon, la nuit, dans ‘Sous le soleil de Satan’, par exemple). Ainsi parvient-il à des scènes d’exorcisme paradoxalement très crédibles, à mille lieues de l’habituel Grand-Guignol des films d’épouvante – rigolo, certes, mais intrinsèquement limité.

Surtout, ‘Hors Satan’ pose la question de la foi. Pas tant dans le domaine religieux que dans celui d’un sacré plus général, incertain, qui résiderait dans l’équivoque des images, des correspondances, des intuitions muettes. Où le temps se suspend, la lumière chante, le bruit d’un craquement de bois devient pictural. Un peu comme une des 'Illuminations' de Rimbaud captée sur pellicule.

Car c’est sur les caractéristiques mêmes du cinéma que Bruno Dumont joue, conjuguant puissance et humilité dans une esthétique sauvage et farouche du son, de l’image et du temps. C'est-à-dire de la cinématographie pure. Les acteurs n’y incarnent jamais des personnages, ou des constructions idéales : ce sont des corps, des timbres de voix, des souffles. Avec ‘Hors Satan’, le cinéma redevient, comme rarement, un médium dans tous les sens du terme. Capable, comme un certain cinéma muet, de suggérer l’indicible et, par les images, de révéler la densité du monde sous ses apparences. Bref, c’est plus qu’un film. C’est de la sorcellerie.

Par A.P

Détails de la sortie

Durée 110 mins

Crédits

Réalisateur Bruno Dumont
Acteurs David Dewaele
Valérie Mestdagh
Sonia Barthélémy
Alexandra Lematre
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