Le Havre

Cinéma, Drame
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Le Havre
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Le Havre
Andre Wilms and Jean-Pierre Darroussin in Le Havre
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Andre Wilms and Jean-Pierre Darroussin in Le Havre

Tout en conservant son humour pince-sans-rire et son respect ludique des conventions narratives (toujours à mi-chemin entre absurde délicat et lyrisme doux), Aki Kaurismäki s’attaque ici aux problèmes politiques les plus urgents de l'époque : chômage, absence de logements, solitude et exploitation implacable. Il tacle au passage les discours sur l’immigration, mais là aussi avec une subtilité et une délicatesse rares dans le cinéma d’aujourd’hui.

André Wilms, déjà merveilleux dans ‘La Vie de bohème’ de Kaurismäki, est ici superbe dans le rôle de Marcel, bohème parisien devenu cireur de chaussures au Havre, et dont les virées nocturnes au bistrot sont à la fois financées et surveillées par sa femme, Arletty (Kati Outinen). Mais leur vie pépère autour de Laika – nouvel épigone dans une dynastie de chiens hagards chez Kaurismäki – va être secouée par la maladie d’Arletty, ainsi que par la découverte, par Marcel, d’un enfant africain recherché par les autorités pour s’être enfui d’un camp de sans-papiers. Marcel a beau ne pas être riche ou puissant, il est d'autant plus déterminé, avec ses amis et voisins, à sortir le garçon de ce mauvais pas. Et ce, malgré les recherches de l’inspecteur Monet (Jean-Pierre Darroussin).

Indiscutablement actuelle, cette histoire de migrants et de police butée est admirablement traduite à l’image par Timo Salminen, habituel directeur de la photographie de Kaurismäki, dont les éclairages évocateurs rappellent – tout comme les noms des personnages, d’ailleurs – le réalisme poétique d'un Marcel Carné. Or, ce souci esthétique, accompagné de gags fantastiques, ne diminue en rien la pertinence et la puissance du film (dont la fin est étonnamment émouvante), mais il témoigne remarquablement de la singularité de Kaurismäki. Chaque cadre, chaque ligne de dialogues (avec des phrases comme « L’argent se roule dans le crépuscule »), chaque comédien (Pierre Etaix en docteur, Jean-Pierre Léaud en voisin sectaire) portent sa trace. Seule la musique, qui fait ici appel à un compositeur finlandais octogénaire (Einojuhani Rautavaara) plutôt qu’à un attendu Tchaïkovski, est une véritable surprise ; mais même cela est inspiré, comme l’ensemble de ce film délicieusement savoureux.

Par Geoff Andrew / AP

Détails de la sortie

Durée 98 mins

Crédits

Réalisateur Aki Kaurismäki
Scénariste Aki Kaurismäki
Acteurs Jean-Pierre Léaud
Jean-Pierre Darroussin
Kati Outinen
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