Le Projet Nim

Cinéma, Documentaire
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Le Projet Nim

James Marsh (réalisateur en 2008 du fabuleux ‘Le Funambule’, avec Philippe Petit), c’est un peu le Cecil B. DeMille du documentaire britannique : un sens du spectacle qui ne connaît aucune limite, à tel point que son style flamboyant finit même souvent par masquer l'essentiel.

Son nouveau documentaire ressemble à un étourdissant montage dramatique sur une bande originale de Dickon Hinchliffe (des Tindersticks) – pas vraiment le genre de trucs qu’on associe généralement à la sobriété d’études en linguistique.

Pourtant, presque malgré lui, ‘Le Projet Nim’ est une fascinante chronique de la recherche scientifique, des dangers de l’anthropomorphisme, et qui vous rend nostalgique de la beauté du super-8. A travers des images d’archives personnelles, et des commentaires contemporains, il retrace la triste existence de Nim Chimpsky, chimpanzé espiègle qui, au début des années 1970, fut pris en main par Herbert Terrace – chercheur à l’université de Columbia, spécialiste de la cognition animale – comme objet d’une expérience radicale visant à faire dialoguer l’homme et le singe.

Nim est élevé à New York, dans un environnement libre. Il est nourri à table (et au sein !), vêtu d’une barboteuse, et parvient même rapidement à intégrer les bases du langage des signes. Les jeunes chercheurs (des idéalistes) qui s’occupent de Nim en tombent vite follement amoureux – amour d’ailleurs clairement réciproque. Seulement, à mesure qu’il grandit et devient plus intelligent et plus costaud, la relations de Nim avec ses parents adoptifs se dégradent, jusqu’à ce qu’on appelle la « sauvagerie ».

Le film rappelle le propos du ‘Grizzly Man’ de Werner Herzog, quand il met en garde contre l’idée que les animaux puissent se conformer à une morale humaine. Mais Marsh montre surtout une très grande empathie pour son héros. Et alors que la vie de Nim prend un tour tragique, la méthodologie cavalière des scientifiques le rend tout simplement bouleversant, avec l’impression que, bien qu’incapable de saisir la grammaire humaine, Nim avait sans doute (peut-être inconsciemment) compris l’amour.

Par David Jenkins / AP

Détails de la sortie

Durée 99 mins

Crédits

Réalisateur James Marsh