Michael

Cinéma, Drame
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Michael

Là, on se dit que l'Office de tourisme autrichien va vraiment finir par fermer boutique... Avec son premier film, ‘Michael’, le réalisateur Markus Schleinzer porte à l'écran l'effroyable thème des enlèvements d'enfants qui rendirent son pays tristement célèbre. Et l'atmosphère est tout aussi perverse et angoissante que dans les drames familiaux mis en scène par ses compatriotes Michael Haneke ou Ulrich Seidl.

Schleinzer dresse le portrait glacial et bouleversant de Michael, un kidnappeur qui retient un jeune garçon enfermé dans le sous-sol de son pavillon de banlieue – tout en menant, par ailleurs, une vie tout à fait quelconque et monotone. Schleinzer adopte ainsi un style descriptif, neutre et intime, et son film rappelle souvent ‘Le Septième Continent’ d'Haneke, décrivant un comportement épouvantable dans une société banale et terne. Même le papier peint et les meubles du film semblent crier au scandale…

Rigoureuse, la caméra se place du point de vue du ravisseur : nous le suivons non seulement dans ses descentes au sous-sol, pour nourrir et surveiller sa malheureuse proie, ou lors d’excursions au zoo ou en forêt, mais aussi sur son lieu de travail, voire à la montagne, pour un voyage au ski avec deux amis. Se retenant de montrer quoi que ce soit d'explicite, Schleinzer parvient à transmettre l'horreur des abus sexuels en la suggérant, notamment dans une scène qui serait presque comique si elle n'était aussi abominable : Michael, sortant son sexe mou au dîner, répète lamentablement la réplique d'un film porno qu'il regardait la veille... « Ça, c'est mon couteau. Ça, c'est ma bite. Avec quoi veux-tu être pénétré en premier ? » Et lorsque l'enfant répond « Avec le couteau », on souffle, presque soulagé…

L'approche de Schleinzer donne un portrait ambigu, où dépravation et banalité se mêlent en permanence, et plus nous passons de temps avec Michael, moins il nous est possible de les distinguer. L'atmosphère n'y est jamais véritablement tendue, que ce soit dans des scènes spécifiques ou en envisageant le film dans sa totalité, et Schleinzer conclut son récit d'une manière plus neutre encore, qui est sans doute la plus appropriée. Pendant les dix dernières minutes, l'issue qu'il donne à son film nous fait vivre un bien étrange voyage, qui nous rappelle que même un ravisseur, auteur d'agressions sexuelles, a d'abord été un gamin aussi, un fils, avec toutes les terribles ramifications que cela sous-entend – sans pour autant diminuer la portée du cauchemar vécu par l'enfant kidnappé.

Difficile, donc, de critiquer la réserve formelle du film, et son positionnement prudent et strict face à un sujet aussi atroce. Tous ceux qui sont familiers du travail d'Haneke (et particulièrement du ‘Septième Continent’), de Seidl (‘Dog Days’) ou de Jessica Hausner (‘Lourdes’) – réalisateurs autrichiens pour lesquels Schleinzer a d'abord été directeur de casting, son premier métier – pourront remettre en question son originalité. Mais quoi qu'il en soit, ‘Michael’ reste une première oeuvre impressionnante. Quant à ceux qui ne connaîtraient aucun des noms cités ci-dessus, sachez que ce sont tous de brillants cinéastes, dont les styles conviennent parfaitement au thème sombre et ardu développé ici par Schleinzer.

Par Dave Calhoun (trad. C. Barbe)

Détails de la sortie

Crédits

Réalisateur Markus Schleinzer
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