Sleeping Beauty

Cinéma, Drame
  • 4 sur 5 étoiles
0 J'aime
Epingler
Sleeping Beauty
1/3
Sleeping Beauty
Emily Browning, left, in Sleeping Beauty
2/3
Emily Browning, left, in Sleeping Beauty
3/3

Si vous ne vous souvenez plus dans quelle histoire d’amour de Perrault mise en scène par Disney, il y a ce moment où l’héroïne s'égare nonchalamment dans un laboratoire de recherches pour tester son réflexe nauséeux, heu… c'est qu’en fait ça n'y était pas.

Epaulée par Jane Campion, la romancière et scénariste australienne Julia Leigh fait ici ses premiers pas de metteur en scène avec un film langoureux, curieux et visuellement méticuleux autour du désir, de l'érotisme, du voyeurisme, des ravages de l'âge et de la marchandisation de la chair.

Ce film pensif rappelle ‘Belle de Jour’ de Luis Buñuel – qui associait lui-même l'odyssée sexuelle d'une femme à une profonde investigation mentale. Tous deux pourraient être des manifestes féministes décomplexés, dans lesquels la sublimation de la femme reflète les aspects négatifs de la convoitise sexuelle de l'homme. Et le film de Leigh, très incisif, est alors imprégné d'un humour à l’ironie cinglante.

Comme son titre l’indique, le thème du film est celui d'une jeune femme coquette et séduisante, prisonnière d'un profond sommeil. Mais il met également en scène des préoccupations plus contemporaines. Lucy, dont le nihilisme surprend, est une étudiante qui n'a aucun scrupule à vendre son corps pour de l'argent. Elle n’est pas le genre de femme qui aurait des goûts extravagants, et excepté quelques dépenses mineures (le loyer pour sa résidence étudiante), le film donne à voir le portrait d’une jeune fille tombée dans le métier pour la simple sensation forte qu'il lui procure. Son unique amie est une toxico aux cheveux gras, et c’est seulement en sa présence qu’on voit Lucy sortir de sa coquille, dévorant du muesli arrosé de vodka.

On observe trois degrés dans ses escapades érotiques. Au départ, elle traîne dans des bars pour du sexe facile, puis travaille comme hôtesse très légèrement vêtue dans un club étrange, inquiétant, avant de se porter volontaire pour des séances de sommeil artificiel, pendant lesquelles caresses et perversions en tous genres sont autorisées – et pratiquées à tire-larigot par de mystérieux clients. Cependant, et c'est l'un des meilleurs running-gags du film, il n'y a strictement aucune pénétration.

Bien qu'il faille attendre presque la moitié du film pour y parvenir, la troisième partie est la plus audacieuse et suggestive. Quoique vulnérable, Lucy garde curieusement l'avantage dans son rapport de force à ces vieux libidineux. Leurs maladies et déficiences physiques paraissent misérables, confrontées à la pâleur laiteuse de la peau de Lucy. Et Leigh met magistralement en scène le tragique déclin de la libido, et la cruelle frustration d'avoir accès au corps de quelqu'un sans parvenir à en pénétrer l’esprit.

Certains échanges sont d'une sécheresse implacable, en particulier lorsque le b.a.-ba de la bonne hôtesse est enseigné à Lucy. En revanche, lorsque Leigh laisse ses instincts littéraires dominer son film – par exemple lors du monologue fleuri que déclame l'un des vieillards – le ton du film faiblit. Mais Browning, après avoir souffert, au début de sa carrière, d’un rôle indigne dans le repoussant ‘Sucker Punch’ de Zac Snyder, prouve aujourd’hui qu'elle est une actrice singulière et courageuse, dont l'interprétation rigoureusement passive imprègne son personnage d'une immense profondeur et d’un très grand mystère. Sans retenue elle abandonne son corps à Leigh : avec la même désinvolture que son personnage.

Par David Jenkins / C.B

Détails de la sortie

Noté 16
Durée 101 mins

Crédits

Réalisateur Julia leigh
Acteurs Emily Browning
Rachael Blake
Ewen Leslie
LiveReviews|0
1 person listening