The Descendants

Cinéma, Drame
  • 3 sur 5 étoiles
0 J'aime
Epingler
The Descendants

Par le passé, Alexander Payne a déjà montré qu'il ne voyait pas l'humour comme un obstacle à la gravité - et vice versa - notamment dans 'L'Arriviste' (1999) et 'Monsieur Schmidt' (2002). Dans ces films, le regard que Payne porte sur la vie est plein d'affection, égayé par une pointe de taquinerie et un soupçon de caricature. Ses deux sujets de prédilection sont les crises existentielles masculines et la force cathartique des voyages, deux thèmes qui se recoupaient avec justesse dans son dernier film, "Sideways" (2004). Payne était déjà très à l'aise pour filmer la vie des riches banlieues américaines et de leurs habitants, ce n'est donc pas une surprise de le voir adapter ici le roman de Kaui Hart Hemmings, 'The Descendants', dressant le portrait d'un sympathique avocat hawaien et fortuné, qui tente d'améliorer les relations de sa famille déchirée et d'en redéfinir les valeurs. Il en résulte un consciencieux exercice d'échauffement - une multitude de sages observations, de rires modestes et bons sentiments - mais le film manque de force pour s'imposer véritablement, que ce soit en tant que drame ou que comédie. Trop calme pour offenser ou exciter, c'est un road movie assez mainstream.

Si l'on s'en tient à cela, 'The Descendants' offre cependant de bien jolies choses. George Clooney y joue Matt King, un riche Hawaïen père de deux filles dont l'épouse (Patricia Hastie) tombe dans le coma après un accident de bateau. King raconte sa propre dérive sentimentale et le désert affectif qui y est associé : lui et sa femme sont distants, il a perdu de vue ses enfants. L'adolescente Alexandra (Shailene Woodley), 17 ans, a été placée en pension, ce qui ne change presque rien à sa mauvaise conduite. Suite à l'accident de sa mère, elle est rapatriée à la maison par son père et doit affronter ces douloureuses circonstances. En parallèle, la cadette Scottie (Amara Miller) - 10 ans, un paquet d'insultes dans la bouche - est une boule de nerfs oscillant entre intimidations subies et provoquées dans la cour de l'école.

Plusieurs problèmes viennent s'ajouter à l'intrigue initiale. Premièrement, une question morale : au nom de sa famille, King doit décider du sort d'un bout de l'île, hésitant à vendre le terrain à un promoteur immobilier ou à le garder intact. Puis, une seconde nouvelle plus intime fait l'effet d'une bombe dans la famille : la femme de King avait une liaison avant qu'elle ne tombe dans le coma. Qui plus est, les médecins écartent la possibilité d'une rémission et tout cela pousse King et ses filles à se lancer dans un voyage salutaire dans les îles environnantes.

Avant même de questionner la crédibilité du film, il nous faut revenir sur celle primordiale de la paternité de Clooney, qui surprend avec ce rôle inhabituel. Honnêtement, il est difficile d'être complètement convaincu par son jeu de père de famille, même s'il a pourtant beaucoup à faire avec ses deux filles, et son interprétation n'est jamais aussi juste et percutante que lorsque son personnage se laisse aller à la dérive, interloqué, comme dans cette émouvante scène de nuit durant laquelle il se confie à l'ami de sa fille aînée, l'effronté Sid (Nick Krause). Beaucoup de choses ont été faites pour que Clooney se debarrasse de son image un peu trop lisse pour ce rôle, mais à l'exception d'un vieux T-shirt douteux, cela ne saute pas aux yeux. Finalement, l'alchimie entre Clooney et ses partenaires n'est jamais autant palpable que dans les interludes, les pauses narratives, ni comiques ni dramatiques, lorsqu'ils traînent dehors sans rien faire ou lors de la scène finale, poignante, lorsqu'ils s'installent sur le canapé pour regarder 'La marche des pingouins'.

Par Dave Calhoun / trad. Charlotte Barbe

Détails de la sortie

Date de sortie mercredi 25 janvier 2012
Durée 115 mins

Crédits