Le meilleur de votre ville

7 œuvres d'art qui ont fait scandale en 2014

'Mother & daughter II' (2014) de Diane Ducruet

'Mother & daughter II' (2014) de Diane Ducruet

L’ouverture d’esprit est un mérite que toute ville aime s’attribuer. Concernant Paris, ses habitants n'hésitent jamais à rappeler son statut de capitale mondiale de la culture, son attitude progressiste envers l’art et leur respect de la liberté d’expression. Ce qui ne les empêche pas de rouspéter quand même, pour un oui ou pour un non. L'art justement nous le permet, nous y encourage. C'est un jeu provocateur auquel on s'amuse tout le temps. Le paysage artistique de la ville n'est jamais aussi intéressant que lorsqu'une œuvre d’art dépasse, pour nous, les limites de l’acceptable. 


En 2014, beaucoup d’œuvres et d’événements ont choqué les Parisiens, surpris par l’audace d'artistes ayant osé jouer avec leur public. Liberté sexuelle, propos séditieux, parfois déplacés ou dessins osés... Derrière l'art se profilent souvent des questions politiques. Après tout, à quoi sert-il sinon à déranger et à révéler les failles d'une société ? Espérons que les polémiques artistiques de 2015 nous feront autant débattre que celles de 2014.


© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

'Exhibit B' de Brett Bailey

Allant au-delà de la simple représentation, Brett Bailey met l'histoire en scène dans son « zoo humain » fait de tableaux vivants d’acteurs africains. A Paris, en novembre et décembre 2014, l’expo confronte le spectateur à un passé colonial troublant, et à la souffrance de peuples indigènes soumis à une autorité brutale. Le résultat s'avère frappant. 

Ces portraits de la déshumanisation de l’indigène et sa mise en esclavage ont profondément marqué et divisé les publics de plusieurs pays. Accusée de soutenir des propos racistes qu’elle tente au contraire de dénoncer, 'Exhibit B' a été l’expo la plus controversée de l’année. Annulée à Londres en septembre, elle a eu lieu à Paris au Théâtre Gérard Philipe et au 104 malgré de nombreuses pétitions et protestations. Les directeurs des établissements ont tenu leur promesse d'accueillir cette exposition/performance qui, selon eux, « touche droit à l'âme, dans sa conscience et bien au-delà ». 

L'exhibitionnisme de Deborah de Robertis

Pour les Parisiens, faire de l’exhibitionnisme devant un tableau célèbre n'a rien d'ingénieux. On l’a bien vu au musée d’Orsay cette année lorsque l’artiste luxembourgeoise Deborah de Robertis a recréé 'L’Origine du monde' de Gustave Courbet en montrant son sexe au public. En le tenant bien ouvert des deux mains, l’artiste voulait révéler l’œil noir du sexe, absent de l’œuvre originale.

Cet acte perçu comme vulgaire et facile a voulu choquer le musée et le public. Mais l'artiste n’a pas impressionné grand-monde : les visiteurs sont restés bouche bée quelques instants avant que les gardes du musée ne l'expulsent. Qu’y avait-il de si impressionnant dans cette performance ? Après tout, on peut tous devenir une œuvre d’art en 8 leçons

Plantu pour "Le Monde" (2010)

Plantu pour "Le Monde" (2010)

Censure d'un dessin de Plantu

Parfois l’ironie ne connaît pas de limites. On l’aura bien vu cette année avec la censure de l’œuvre de Plantu qui critique justement... la censure. Le recueil 'Caricatures : Fantassins de la démocratie', coordonné par Plantu et son association Cartooning for Peace, devait être publié lundi 5 mai 2014.

Mais lorsque les éditions Bayard ont demandé à l’illustrateur de retirer un dessin jugé problématique, qui met en scène Benoît XVI en train de sodomiser un enfant (avec en surtitre : « Pédophilie : le pape prend position », et l'enfant qui s'exclame « Quitte à se faire enculer, autant aller voter dimanche ! »), Plantu a refusé. Les 8 000 exemplaires sont donc partis à la poubelle  restent 50 copies qui avaient déjà été envoyées en service de presse, désormais des collectors.

'Mother & daughter II' (2014) de Diane Ducruet

'Mother & daughter II' (2014) de Diane Ducruet

La photo 'Mère et fille' de Diane Ducruet

En novembre 2014, il aura seulement fallu sept plaintes pour que l’œuvre 'Mère et fille' de Diane Ducruet, exposée lors du Mois de la photo à la galerie Catherine Houard, soit supprimée du programme d'une galerie. Dans le cadre du thème « Au cœur de l’intime », l’artiste souhaitait exposer l’image d’une mère qui dévore à pleine bouche le visage de sa fille, toutes les deux étant nues.

Accusée d’avoir créé une œuvre incestueuse, l’artiste dit avoir voulu évoquer l’image du dompteur de cirque qui engouffre sa tête dans la gueule du lion pour montrer sa maîtrise de l’animal et ainsi la confiance inébranlable de l’enfant en sa mère. Mais troublée par l’ambiguïté évidente de l’œuvre, la galeriste Catherine Houard a retiré le tirage de l’expo avant même de l’avoir présenté au public.

© JP Attal EPPDCSI

Le 'Zizi sexuel' de Zep

On aimerait bien que nos bambins restent tout petits, mais certains d'entre nous ont plus de mal que d’autres à accepter le fait qu’ils grandissent tout de même. L'exposition 'Zizi sexuel' de la Cité des sciences parle d'amour, de reproduction et de sexe aux enfants de 9 à 14 ans. Les visiteurs sont accompagnés des aimables personnages Titeuf et Nadia créés par le dessinateur Zep, dans une exposition qui tente d’expliquer la puberté et la sexualité aux enfants avec humour, tout en soulignant l'importance de l'égalité des sexes.

Pourtant, une pétition de SOS Education, initiée et signée par des parents qui préfèreraient que leurs enfants restent dans l’ignorance, conteste toujours l'expo. Plus de 45 000 signatures montrent qu'on n'est pas tous prêts à briser le tabou de la sexualité. Apparemment, les enfants, eux, aiment bien.

© Páll Björnsson et Paul McCarthy

Le plug anal de Paul McCarthy

Au mois de novembre, avant même que nous ayons décoré nos sapins de Noël, Paul McCarthy a érigé un ‘Tree’ pour tous les Parisiens en plein milieu de la place Vendôme. Volonté de l'artiste, esprits mal tournés ou un mélange des deux : toujours est-il que cet énorme arbre, enguirlandé d’ironie et de vulgarité, a déplu à cause de sa ressemblance avec un plug anal.

Noël s’est terminé bien avant l’heure pour McCarthy, qui a fini par retirer son œuvre provocante. Et s'est fait agresser après avoir vue son œuvre vandalisée. Les personnes ayant de l'humour ont quand même pu se régaler avec son épigone en chocolat lors de la réouverture de la Monnaie de Paris.

La bande-annonce coquine de l'expo 'Sade'

De nos jours, même les musées s’essaient aux bandes-annonces pour faire saliver leurs visiteurs potentiels. Celle, érotique, de l’exposition 'Sade : Attaquer le soleil' du musée d’Orsay a fait le buzz au mois d’octobre. Difficile de choquer un public de nos jours, alors le musée a essayé de recréer un scandale version XXIe siècle pour rappeler les réactions à l'époque de Sade.

Les corps nus, enchevêtrés et pris de passion de la vidéo rappellent plutôt une publicité qu’une invitation au musée. Audacieuse et osée, elle a été interdite aux utilisateurs de YouTube de moins de 18 ans. Nous, on salue l’esthétique de la vidéo, mais on lui reproche plutôt de distordre l’exposition  le public risque d’être déçu car les œuvres présentent des nus presque chastes, loin de la virulence sadienne que promet le teaser. Mais bon, ce n’est pas la première (ni la dernière) fois que l’on se sera fait duper par une bande-annonce.



City links

Global links