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Angoulême est Charlie

Un 42e festival placé sous le signe des attentats

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Difficile d'oublier les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo au festival d'Angoulême. Dans cette ville qui s'est vouée corps et âme au neuvième art, les slogans « Je suis Charlie » recouvrent tout, de l'Hôtel de ville à la boulangerie, en passant par les bars, les boutiques, les murs. Des imprimeurs de la région ont même imprimé bénévolement des célèbres unes de l'hebdo, qui sont affichées un peu partout dans les rues. En huit jours à peine, le musée de la BD a monté une exposition qui retrace toute l'histoire du journal, depuis Hara-Kiri et Charlie Mensuel jusqu'à aujourd'hui, une prouesse d'autant plus remarquable que l'expo est réussie, rappelant à ceux qui l'ignoraient d'où vient l'esprit satirique, irrévérencieux, voire « bête et méchant » de dessinateurs aux engagements précoces et infaillibles.

L'autre raison pour laquelle les attentats planent sur Angoulême, c'est bien entendu le plan Vigipirate, qui change le quotidien des festivaliers. Les visiteurs découvrent les dessins de Cabu, Reiser ou Wolinski sous haute surveillance, après avoir été fouillés minutieusement : un dispositif lourd qui aurait dû mettre un terme précoce à l'exposition Charlie Hebdo une fois le festival terminé. Directeur de l'action culturelle à la Cité de la BD, Jean-Philippe Martin se réjouit de pouvoir finalement jouer les prolongations : « La mairie a fini par accepter de conserver le plan Vigipirate pendant un mois au-delà du festival, ça nous permettra d'organiser de nouvelles visites pour les collèges et les lycées, entre autres. Tout le monde a tellement travaillé sur ce projet que c'est une belle récompense. » Et puis, les menaces, Jean-Philippe n'y croit pas. Sur place, personne ne semble d'ailleurs vraiment inquiet, à tel point qu'un bistrot éphémère s'est trouvé le nom un brin provocateur des « Terroiristes ».

Jiro Taniguchi sous les feux de la rampe et de l'iPad.

Jiro Taniguchi sous les feux de la rampe et de l'iPad.


Du côté des professionnels, on soutient Charlie mais on n'oublie pas l'essentiel : faire bouillir la marmite. Ici, chacun vient d'abord faire son marché. Stéphane Duval, le fondateur du Lézard Noir, fait le pied de grue toute la journée pour rencontrer des distributeurs, des commerciaux, des traducteurs. « Je suis basé à Poitiers, explique-t-il, ce n'est pas là-bas que je vais faire autant de rencontres... alors à Angoulême j'en profite pour discuter avec tout le monde. » Au stand du jeune éditeur 2024, on assiste en direct à la négociation improvisée pour les droits au Mexique de la BD en trois dimensions 'Jim Curious' de Matthias Picard, qui fait l'objet d'une expo à la Cité de la BD. Surtout, les auteurs ont profité du coup de projecteur d'Angoulême pour manifester leur colère face à la précarisation grandissante de la profession, menacée par une hausse des cotisations retraite. Samedi après-midi, une marche protestataire a rassemblé cinq-cents auteurs, anonymes ou célèbres, avec Lewis Trondheim, André Juillard ou encore le scénariste (pour 'Spirou', notamment) Fabien Vehlmann à leur tête.

Les fans, eux, se précipitent au festival pour une chose avant tout : rencontrer les auteurs et se faire dédicacer leurs albums. Dans l'espace des éditeurs indépendants, les artistes prennent leur temps, discutent, s'appliquent, passent du feutre noir aux crayons de couleur et réciproquement. Rien à voir avec les queues infinies devant les stands des éditeurs majeurs, Dargaud, Casterman, Fluide Glacial, Le Lombard, Glénat... Il faut alors attendre plusieurs dizaines de minutes pour obtenir un petit dessin expédié en quelques traits, voire juste une signature si le temps presse. Plus impressionnant encore, l'énorme succès rencontré par la star d'Angoulême cette année : Jiro Taniguchi, l'auteur de 'Quartier Lointain', 'L'Homme qui marche' ou encore 'Les Gardiens du Louvre'. Taniguchi dédicace ses ouvrages sur une estrade, sous l'œil plein de dévotion des caméras et des appareils photo. Il faut dire qu'Angoulême souhaite rattraper son retard en matière de mangas et ce n'est pas un hasard si le Grand Prix vient d'être attribué pour la première fois à un auteur japonais, à savoir Katsuhiro Otomo, le créateur de 'Akira'.

Le palmarès du festival d'Angoulême 2015 :

- Grand Prix 2015 : Katsuhiro Otomo
- Prix du meilleur album : 'L'Arabe du futur' de Riad Sattouf.
- Prix du public : 'Les Vieux Fourneaux' de Lupano et Cauuet.
- Prix spécial du jury : 'Buildings Stories' de Chris Ware.
- Prix de la série : 'Last Man' de Vivès, Balak et Sanlaville.
- Prix de la révélation : 'Yékini' de Lisa Lugrin et Clément Xavier.
- Prix Jeunesse : 'Les Royaumes du Nord' de Clément Oubrerie et Stéphane Melchior.
- Prix du patrimoine : 'San Mao, le petit vagabond' de Zhang Leping.
- Fauve Polar SNCF : ''Petites coupures à Shioguni' de Florent Chavouet.

Cliquez sur les flèches pour faire défiler les photos du festival.

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    L'expo 'Charlie Hebdo' à la Cité de la BD.

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    La fameuse une qui provoqua l'interdiction de Hara-Kiri Hebdo.

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    Auteurs en pleine séance de dédicaces sur le stand de L'Employé du Moi.

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    L'exposition 'Calvin et Hobbes' à l'Espace Franquin.

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    La superstar japonaise Jiro Taniguchi.

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    Fan de BD, c'est aussi un look, n'est-ce pas, Emilie ?

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    Marché d'occasions et de BD anciennes.

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    La Charente.

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    L'une des nombreuses fresques sur un mur d'Angoulême.

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    Le rendez-vous des motards pour la sortie de l'album de Frank Margerin et Marc Cuadrado, 'Je veux une Harley, tome 2'.

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L'expo 'Charlie Hebdo' à la Cité de la BD.


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