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Dans la peau de l'ours

L'artiste Abraham Poincheval s'installe dans le ventre d'un ours jusqu'au 13 avril, au musée de la Chasse et de la Nature

© Sophie Lloyd

Ça fait déjà deux jours, sept heures, dix-sept minutes et trente-deux secondes. Oui, plus de deux jours qu'Abraham Poincheval vit dans la peau d'un ours au musée de la Chasse et de la Nature. D'ailleurs, si vous vous inquiétez pour lui, vous pouvez le voir en direct, à tout moment. Il est là : http://poincheval.chassenature.org. Coincé tel un astronaute dans son vaisseau velu, s'ennuyant à mourir et naviguant, à l'aveugle, vers l'aboutissement de sa nouvelle lubie. Pendant ce temps, trois ours naturalisés montent la garde à ses côtés tandis que les visiteurs du musée tournent autour de son faux trophée taxidermisé. Et puis, chaque jour, des performances, lectures et petits concerts sont organisés, pour lui tenir, un tant soit peu, compagnie.


© Sophie Lloyd

Ce n'est pas la première fois que l'artiste français met son corps et sa patience à l'épreuve de ses performances : Poincheval a déjà traversé une bonne partie de la France en ligne droite, de Nantes à Caen et de Caen à Metz, bravant autoroutes, maisons et cours d'eau pour ne pas briser sa trajectoire. Il a aussi voyagé sous terre en parcourant un mètre par jour dans la région de Murcia (Espagne, 2008) et s'est enfermé dans un trou, au sous-sol d'une librairie marseillaise, pendant une semaine (2012). Quand on a lu son CV, on ne s'étonne pas vraiment que cet électron libre de l'art contemporain soit allé se barricader pendant treize jours dans une sculpture habitable recouverte d'une peau d'ours canadien. Pas question de sortir, pas question d'entrer en contact avec le monde extérieur : Poincheval veut devenir ours. Vivre une expérience proche de l'hibernation de l'ours. Se nourrir comme un ours, en ne mangeant que des insectes, du miel, des graines et des végétaux. Le but de tout ça ? Au-delà de l'épreuve physique, l'artiste revendique la portée symbolique de son acte : en s'allongeant pendant près de deux semaines dans ce réceptacle inanimé, Poincheval signe en quelque sorte la revanche de l'ours éteint contre l'espèce humaine qui l'a tué. Repeuplé, contre toute attente, par un être qui respire, qui mange et qui dort, le voilà presque ressuscité. Ou du moins, à Poincheval entre la vie et la mort.


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