Heureuses lueurs de Flop

Art, Installation Libre
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Heureuses Lueurs (©E.Boutié)
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©E.Boutié
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L’artiste français Flop nous propose un parcours ensorcelant au milieu d’ombres et de nitescences.

Mécanicien de lumière, magicien de l’obscurité, Flop fabrique des petites machines optiques avec des objets récupérés par-ci par-là, placés devant une source lumineuse pour faire exister des mondes poétiques, drôles et captivants. « Brico-luminologue » comme il se définit lui-même, l’artiste crée des ritournelles visuelles qui font apparaître scènes et personnages. Un jeu optique où le mouvement rotatif des éléments assemblés ainsi que l’attention du spectateur construisent une cadence à la fois réglée et berçante.

Ainsi, son installation lumineuse ‘Heureuses lueurs’, créée il y a dix ans, investit le Mouffetard Théâtre des Arts de la Marionnette jusqu’au 23 mars. Une quinzaine de ses machines joue une chorégraphie lumineuse qui dévoile paysages, silhouettes, fresques et scènes quotidiennes dans un ballet où on se laisse emporter par le faible éclat d’une lueur, promesse d’une vision envoûtante. Petit théâtre vivant d’objets, ses machines sont faites de vieux réveils, boîtes de conserve, fils de fer et autres outils de débrouille. C’est cette économie de bouts de ficelle qui confère à chacune des œuvres sa poésie. On est ému lorsqu’on voit apparaître un champ de coquelicots effleuré par une brise estivale en regardant le simple effet d’un petit projecteur de lumière sur une boîte de carton, quelques morceaux de papier pendus à des fils et une vieille hélice de ventilateur de poche tenue par un fil d’étain. Illusion d’optique, ombres chinoises, spectacle de marionnettes mécaniques, l’installation de Flop est tout ça à la fois.

Mais l’artiste va plus loin. Son œuvre ne constitue pas seulement la présentation d’un tour de magie où la lumière rend visible une scène insoupçonnée. C’est aussi le mécanisme nécessaire à la fabrication de l’illusion qui est mis en avant. L’envers du décor, les astuces, bricoles et tout cet assemblage qui permet de rendre réelle cette image. Pensées ensemble, illusion et source d’illusion forment donc une entité que l’on observe, fasciné, sans vraiment savoir laquelle nous aimante le plus.
On est invité à circuler dans les couloirs du théâtre, dans la salle, sur scène et entre les rangées au rythme des mécanismes qui se déclenchent les uns après les autres, comme pour attirer notre attention. Sonorisée ou brute dans ses rouages, chacune des pièces optiques transporte son propre monde délicat, fragile et intrigant. Etonnante de technicité et de finesse, ‘Heureuses lueurs’ nous tient suspendu à l’étincelle de la lumière, guettant désespérément la forme de l’ombre, entouré de visions hypnagogiques.

Par Elise Boutié

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