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Ici, c'est Barbès !

Ouverture de l’ICI, Institut des Cultures d’Islam

  • © Emmanuel Chirache

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  • © EC

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  • © Emmanuel Chirache

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© Emmanuel Chirache


« Vous n’avez pas honte de fumer devant la mosquée ? » Yasmina éteint sa cigarette, puis, sans avoir eu le temps de répondre au reproche, elle rejoint son poste. Rien n’ébranle son large sourire. Celle qui siège fièrement à l’accueil de l’Institut des Cultures d’Islam, sait qu’il faudra encore un peu de temps pour que tout le monde ici cerne vraiment le projet, le rôle et la vocation de ce lieu hybride, construit comme un trait d’union entre l’islam et la culture qui l’entoure.

Il faut dire que c’est une première en France. La loi de 1905 qui interdit la subvention publique des cultes rend évidemment difficile la cohabitation entre religion et art à l’intérieur des mêmes espaces. Pourtant, à l’Institut des Cultures d’Islam, coincée entre deux niveaux consacrés aux expositions, est venue se loger une salle de prière. Evidemment, c’est avec précaution que la Mairie de Paris a dû mener ce drôle de navire. Il aura fallu trouver des acteurs extérieurs pour financer l’espace religieux et assumer ses frais de fonctionnement. C’est la Société des habous et lieux saints de l'islam, une association liée à la Grande Mosquée de Paris qui a alors répondu présente, contribuant ainsi à alléger, sans la résorber, la pénurie de lieux de culte pour les musulmans parisiens. Le pari était risqué, et les détracteurs nombreux, mais le projet aura finalement vu le jour, sur les trottoirs cosmopolites de la Goutte d’Or.

© Abbas / Magnum Photo


« On peut visiter ? » Les habitants du quartier entrent timidement. La plupart d’entre eux cherchent d’abord la salle de prière, mais Yasmina les invite à s’attarder devant les expositions, à prendre le pouls de ce lieu qui leur est dédié. L’ambition réside là : créer un dialogue, favoriser les échanges entre la population de Barbès, les fidèles et les amateurs d’art. Créer des ponts donc, mais aussi faire prendre conscience de l’existence d’une identité. Qu’elle soit musulmane, ou simplement liée à ce quartier multiculturel et bouillonnant.

Au rez-de-chaussée, les photos d’Abbas, grand reporter pour l’agence Magnum, visitent tous les pays du monde à travers le prisme de l’islam. En Angleterre, où des jeunes filles voilées jouent au basket, en Tanzanie, où la pratique religieuse se teinte parfois de sorcellerie, en Chine, en Malaisie, au Pakistan, en France, en Egypte. Et la même religion offre soudain toute une galerie de visages, de spiritualités et de paysages. Une multitude de facettes qui fédèrent autant qu’elles nuancent. Il faut ensuite prendre l’ascenseur, ne pas s’arrêter au premier étage (où s’est installée la salle de prière) pour rejoindre directement le second. Là, plusieurs salles se découpent habilement. Dans une petite pièce, le soleil semble répondre aux grands portraits iconiques de Patrizia Guerresi Maïmouna. En continuant sur la droite, on découvre les sculptures de Yazid Oulab qui s’échappent sur les murs.

© Patricia Guerresi Maïmouna


Et dans deux autres pièces, c’est le quartier tout entier qui est mis à l’honneur. Les photos d’Abbas accrochées d’un côté, celles de Bruno Lemesle qui défilent sur un diaporama un peu plus loin, dans l’obscurité. Avant de partir, il faudra aussi emprunter un petit escalier pour contempler les portraits de ceux qui ont contribué à l'édification du bâtiment, ouvriers, chefs de chantier, architectes, hommes de ménage... 

Dans quelques semaines, un hammam ouvrira ses portes au sous-sol et plusieurs conférences, brunchs littéraires et visites guidées seront organisés. Il faut que la culture passe, il faut que les échanges se vivent. La tâche n’est pas simple, mais déjà, on pressent que l’Institut a de quoi réussir sa délicate mission. En tout cas, en sortant d’ici, on se surprend à aimer ces rues, ce bordel et ce bruit, heureux d’avoir pris le temps de regarder Barbès droit dans les yeux.

>>> Expositions jusqu'au 30 mars 2014

ICI Goutte d'Or, Institut des Cultures d'Islam
56 rue Stephenson, 18e
Métro : La Chapelle, Marx Dormoy ou Barbès
www.ici.paris.fr


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