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Le plug qui appuie là où ça fait mal

Vandalisée le week-end dernier, la sculpture de Paul McCarthy érigée sur la place Vendôme dans le cadre de la FIAC en dit long sur le climat ambiant

© Páll Björnsson et Paul McCarthy


L'avalanche médiatique de « McCarthy Gate » donne du fil à retordre. Avouez que c'est quand même gros. Il aura fallu un plug anal géant pour prendre la température de la société parisienne, et mesurer à quel point une certaine frange de la population souffre d'une contraction contagieuse du sphincter. Après des mois de manifs « pour tous » et autres accès catho-conservateurs aigus, le scandale provoqué par le 'Tree' gonflable de Paul McCarthy - sculpture ambiguë située au confluent du sapin de noël ultra-stylisé, de la forme abstraite et du sex toy géant - a mis, une fois de plus, le doigt sur la pudibonderie ambiante en éveillant les hystéries moralisatrices. Petit rappel du sort subi par cette installation monumentale éphémère, érigée sur la place Vendôme dans le cadre de la FIAC hors les murs : jeudi dernier, lors de la mise en place de l'œuvre, un passant scandalisé agressait l'artiste américain. Vendredi soir, la sculpture était vandalisée. Et samedi, McCarthy et les organisateurs de la Foire décidaient de démonter l'œuvre, définitivement.

Un accueil réservé à ce bon vieil iconoclaste de Paul McCarthy qui évoque davantage la pruderie victorienne ou la phobie nationaliste de l'art dit « dégénéré » (d'ailleurs, l'agresseur de McCarthy lui reprochait entre autres de ne pas être français), que la réputation libertine qui gonfle l'ego de la France depuis plus d'un siècle. On savait que, derrière son légendaire avant-gardisme, le Parisien était capable de se rétracter face à tout changement, de l'érection du Centre Pompidou pendant les années 1970 à la construction des colonnes de Buren en 1986. Mais en ce moment, la température monte. L'esthétique n'est plus en cause. Désormais, la liberté sexuelle est l'ennemi numéro un : pire encore, c'est la liberté d'expression que l'on attaque, dès qu'elle a trait à la nudité ou à la libido. D'autant que 'Tree' a été financé par des fonds privés, et non par le contribuable : l'argument budgétaire n'a donc pas sa place ici. On est dans la pure censure morale.

Des réactions semblables se répandent comme une hémorragie sur l'ensemble du paysage culturel. A Paris, l'exposition 'Zizi sexuel', qui parle d'amour, de reproduction et de sexe aux enfants de 9 à 14 ans à la Cité des Sciences, est actuellement dénoncée par une pétition de SOS Education ayant déjà récolté plus de 35 000 signatures (contre 8 000 en 2007, lors de sa première présentation). Au Salon des Arts de Cholet, les toiles d'Alain Bonnefoit, qui peint des femmes nues, tout ce qu'il y a de plus classiques, subissent quant à elles la censure de l'Education nationale. Et la liste est encore longue. Bonjour le climat.

En cela, l'œuvre bousillée de Paul McCarthy est à la hauteur de la fonction que l'art (même un vulgaire sapin vert, lubrifié à l'ironie) aspire souvent à remplir : marquer les esprits pour révéler, notamment, les torts et les travers de la vie contemporaine. La leçon que l'on retiendra de 'Tree' ? Lorsqu'une société avance avec un balai dans le derrière, il ne reste plus beaucoup de place pour y glisser un plug anal de 24 m de haut. Logique.

Et puis, il y a l'emplacement de la sculpture, place Vendôme. Un lieu qui enfle encore la portée symbolique de cet épisode. Pendant son très court séjour parisien, n'oublions pas que 'Tree' cohabitait avec la colonne Vendôme. Monument phallique érigé à la gloire de l'Empire et de l'Armée avec le métal fondu des canons. Monument détruit pendant la Commune et reconstruit en 1873 au prix de la persécution de Gustave Courbet, jugé responsable de la démolition de ce monolithe en haut duquel Napoléon trône en César. Monument que les communards décrivaient comme un édifice « de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands principes de la République française, la fraternité ». Comme quoi, avant de faire la guerre à un bouchon, il vaudrait peut-être mieux se méfier du gros Priape qui dort.

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