Matthew Darbyshire

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Matthew Darbyshire
/ Courtesy de la galerie Jousse Entreprise, Paris
'Untitled (Posters from Resource Room)', 2012

Rien de tel qu'une bonne dose d'humour noir pour éveiller les consciences. La preuve en images à la galerie Jousse Entreprise, où l'artiste britannique Matthew Darbyshire s'est appliqué à intégrer des slogans de prévention contre le SIDA à des affiches de pubs pour papier toilette, fondant le tout dans un joyeux magma de dérision et d'horreur. Moulées dans les rondeurs d'une police style Cooper Black, toute lisse, toute pimpante, les devises, crues, jurent violemment avec le lot de sourires laiteux, de fesses soyeuses et de chiots emmitouflés dans des rouleaux de papier WC que nous sert cette croustillante sélection de réclames des années 1980. Revue et corrigée.

Alors tant pis si ces petits détournements, aussi habiles soient-ils, laissent comme un arrière-goût de pop art suranné ; tant pis si le reste de l’exposition (des ready-mades à base de meubles Ikea et de Bouddhas en plastique) formule une critique convenue et sans saveur de la société de consommation. Avec ses pastiches en noir et blanc, l'Anglais formé à la Slade School of Art a le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal (et on ne vous parle plus de PQ), pour débouter la banalisation du VIH. Et nous pousser à rire. Un rire jaune, troublant, qui retentit face à l'horreur du sujet, mêlée au plaisir réel et crétin que procure cet art empreint de sarcasme. Un rire qu’il faut surtout chercher à comprendre, car, plus efficaces qu’un spot publicitaire de Sidaction, plus percutantes qu’une campagne des services publics, les affiches de Darbyshire nous font, avant tout, réagir. Et on se dit que le ministère de la Santé ferait peut-être bien de faire un tour chez Philippe Jousse avant le 30 juin...

Par Tania Brimson

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