Pauline Bastard : Alex

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Alex  (© Pauline Bastard )
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Alex (© Pauline Bastard)
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© Pauline Bastard
Alex (© Elise Boutié)
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© Elise Boutié

Intrigante, cette exposition au prénom solitaire. Documentaire, reportage, fiction : mais de quoi s'agit-il au juste ? Cet homme uniquement affublé d'un prénom est-il sujet, muse, acteur ou fantôme ? Va-t-on le rencontrer, le découvrir ou le rater, cet Alex ? Toutes ces questions qui traversent nos états de conscience plus ou moins vigilants s'avèrent nécessaires pour entrer dans le travail de Pauline Bastard, jeune lauréate du prix Audi Talents Awards qui présente au Collège des Bernardins son projet réalisé grâce à la généreuse dotation.

L’artiste investit la belle crypte de cet ancien lieu de recherche et de savoir du XIIIe siècle, perpétuant ainsi le questionnement sur l’homme et son identité qui fut également au cœur des travaux du Collège. On pénètre sous la douce pénombre de la voûte en ogive, entouré d’une petite dizaine d’écrans diffusant des vidéos d’environ une heure chacune. On est entré dans quelque chose, on le sent. Plongé au milieu de ces images qui tournent, bribes et continuité de vie, on est à l’intérieur d’Alex, cet homme que l’on reconnaît sur chacune des bandes, ce visage et ce corps qui tentent l’expérience de la vie en éprouvant ses balises ordinaires : ouvrir un compte, trouver une colocation, marcher, visiter un musée, rencontrer des gens... Quelle puissance de vie anime cet homme que l’on croise au détour d’écrans ? C’est ce que Pauline Bastard a voulu interroger en créant à la fois un rôle et un personnage : Alex, un homme qu’il faut faire exister ; un projet à l’ambition folle, faire vivre un homme dont l’identité reste perpétuellement à inventer. Avec l’aide d’un avocat, d’un scénariste, d’une psychologue, d’un anthropologue et de l’acteur lui-même, la vidéaste donne réalité et corps à l’existence d’Alex en filmant les étapes formelles de sa vie.

Au travers de son dispositif, entre détermination et improvisation, elle interroge ce que signifie être une personne, ce qui fait l’essence de l’identité. « C’est toi qui comptes en tant que personne ou ton identité sur papier ? », « Est-ce que les autres se connaissent ? », « De quoi sera faite sa mémoire s’il vient à peine de débarquer dans son corps ? »… Autant de questions qui nous renvoient à la réflexion primaire et primordiale de savoir comment s’insérer dans sa vie, comment prendre vie et habiter son existence. Quel est le cheminement qui nous fait advenir en tant qu’être ? Sont-ce nos démarches (administratives, sociales, sentimentales), nos actions, notre corps qui nous rendent vivants et sont la preuve de notre réalité, de notre personnalité ?

La scénographie de l’exposition-projection place le spectateur au centre des images, l’incitant à glaner des bouts d’Alex et à construire sa propre vision du personnage. Conçu comme un long film fragmenté sur plusieurs écrans, le projet 'Alex' s’appréhende instinctivement, comme une expérience simplement monumentale. Certes, il faudrait avoir cinq heures devant soi pour suivre son parcours en tant qu’homme et le connaître intimement, mais chaque vidéo possède une telle force d’attraction qu’on ne sent plus le temps passer une fois devant. La force de la démarche est d’allier envergure et épure, autant dans son fond que dans sa forme. Les questions qu’elle soulève continuent d’ailleurs longtemps à nous hanter et nous nourrir. Un homme ordinaire nous aura rarement autant troublé. 

Du lundi au samedi de 10h à 18h, dimanche et jours fériés de 14h à 18h.

Par Elise Boutié

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Téléphone de l'événement 01.53.10.74.44
Site Web de l'événement http://www.collegedesbernardins.fr
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