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Picasso met encore le feu aux poudres

Un projet hôtelier menace l'avenir de l'atelier des Grands-Augustins

André Villers, Picasso avec le revolver et le chapeau offerts par Gary Cooper, Cannes, 1958 / © André Villers

André Villers, Picasso avec le revolver et le chapeau offerts par Gary Cooper, Cannes, 1958 / © André Villers


Au début des années 1970, on menaçait de démolir la gare d'Orsay pour ériger, à sa place, un hôtel moderne en bord de Seine. Comprendre : une grosse barre de béton en plein cœur de Paris. Vivent les idées de génie des seventies, en matière d'urbanisme.

Une quarantaine d'années plus tard, l'ancien atelier de Picasso de la rue des Grands-Augustins, où l'artiste vécut de 1937 à 1955, y peignant notamment 'Guernica', risque de subir un sort semblable - quoique moins catastrophique, a priori, pour le patrimoine parisien. D'abord, parce que Pablito P. ne créchait pas tout à fait dans une gare de 57 400 m2 érigée par Victor Laloux pour l'Expo universelle de 1900. Et aussi parce qu'il ne s'agit pas de détruire l'ancien hôtel Savoie et son loft coiffé de poutres apparentes, mais de réorganiser ses aménagements intérieurs.

Désormais propriété de la Chambre des huissiers de justice de Paris, le grenier du 6e arrondissement qui a vu défiler Dora Maar, Brassaï ou Robert Capa, est en effet en passe d'être transformé en hôtel de luxe, si l'on en croit le permis de construire déposé en douce le 5 août dernier - et ce, en dépit d'une procédure amorcée au mois de juillet pour inscrire le bâtiment au titre des monuments historiques. Une menace qui provoque, à juste titre, la colère des nombreux défenseurs de l'édifice (parmi lesquels on retrouve notamment le maire du 6e arrondissement Jean-Pierre Lecoq, Charlotte Rampling ou Lucien Clergue, président de l'Académie des Beaux-Arts), décidés à sauver ce lieu dans lequel ont été écrites certaines des pages les plus bouleversantes de l'histoire de l'art du siècle dernier.

Quelques jours seulement après la réouverture du musée Picasso, ce scandale interroge une nouvelle fois l'importance de l'héritage laissé par l'artiste dans la capitale française, où il résida pendant plus de vingt ans. Et met encore le doigt sur le problème des initiatives privées qui grignotent, au nom de la rentabilité, les juteuses ressources de notre patrimoine culturel.



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