Projet crocodiles

Art, Estampes et gravures Libre
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projet crocodiles (© Thomas Mathieu/C.Gaillard)
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On avait découvert Thomas Mathieu et ses crocodiles insistants en 2014, avec une bande dessinée entendant dénoncer le sexisme et le harcèlement de rue. Cette année, à la mairie du 18e, ce sont quelques-unes de ses planches pour le moins utiles à la société que l’on retrouve jusqu’au 16 mars. Deux semaines seulement pour aller admirer, gratuitement, l’œuvre antisexisme ordinaire de cet artiste engagé.

Intitulée ‘Projet crocodile’, cette (petite) exposition met en scène des femmes aux prises avec des hommes un peu trop entreprenants, voire carrément obscènes dans leurs actes, leurs paroles ou leurs comportements. Ceux-ci n’ont toutefois pas de visage humain mais bien le faciès du fameux prédateur reptilien, d’où le titre choisi. Une originalité qui ne vise pas à généraliser ce mal phallocrate ni à stigmatiser l’ensemble du genre masculin (car non, tous les hommes ne sont pas des violeurs en puissance) mais plutôt à démontrer que le harcèlement est un véritable problème de société, et non l’affaire de quelques cas particuliers.

Ainsi, lorsque Thomas Mathieu retranscrit sur papier, sous forme de BD, les expériences douloureuses des femmes de son entourage, il le fait avec une simplicité et une subtilité désarmante. Pour cause : il ne s’agit pas de pointer individuellement du doigt des êtres infâmes, qui sont d’ailleurs anonymes. L’objectif est vraiment d'éveiller les consciences et de susciter un électrochoc en confrontant le visiteur à des scènes qu’il vit tous les jours. Les regards appuyés sur un décolleté prononcé, la désagréable omniprésence de la sexualité à chaque affiche de métro, les sifflements persistants à la vue d’une jupe plus ou moins courte, la peur qui tétanise aussi bien les victimes que les témoins, les messieurs pour qui toutes les filles pas farouches sont des féministes hargneuses… Qui ne se reconnaîtra pas, un tant soit peu, dans les saynètes de Thomas Mathieu ?

Alors certes, un dessin ne va sans doute pas mettre fin à des siècles d’irrespect urbain, devenu une triste mais banale réalité dans les grandes métropoles. Mais il sera, pour les femmes qui sont touchées au quotidien, un exutoire nécessaire. Et, pour le sexe opposé, un face-à-face brut qui suscitera, peut-être, chez eux une remise en question. En tout cas, le fait que cette interpellation directe soit l’œuvre d’un homme, et non plus d’artistes exclusivement féminines comme We Chalk Walk ou Sofie Peeters, est d’autant plus réconfortant.

Par Clotilde Gaillard

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