Provoke, entre contestation et performance, la photographie au Japon 1960 - 1975

Art, Photographie
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Provoke  (© Taki Yosuke)
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Provoke 3, Taki Yosuke
Provoke (© E.Boutié)
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Claque subversive et intense, une tempête.

Voilà ce qu'est la nouvelle exposition du BAL. Un raz de marée. Une météorite lancée à l'allure d'une roquette intersidérale sur notre planète ébahie. Un volcan en irruption. De la lave bouillante et brûlante, balancée en secousses cathodiques. Une tornade déchaînée, une explosion ravageuse, une véritable bombe lâchée dans un paysage ravagé. Bref, une tempête. Préparée depuis trois ans en collaboration avec Vienne, Chicago et Winterthur, fruit de longues recherches et de trouvailles parfois inespérées, l'exposition Provoke rend hommage à la revue du même nom, produite au Japon de 1968 à 1969 qui a accouché de seulement trois numéros (quatre à vrai dire, mais leur flamme intense a fait de leur dernière publication un acte de dissolution signant ainsi la fin de cette démence éclairée, enragée et résistante).

Inventer un nouveau langage

Dans un Japon secoué par presque dix ans de luttes sociales et étudiantes d'une violence extrême, qui dépassent largement notre mai 68, sa contestation emblématique et son déferlement d'affrontements, le collectif Provoke se forme dans un élan de désillusion face à ces émeutes qui n'ont pas réussi à obtenir gain de cause dans ce pays à la croissance fulgurante et à l'ambiguïté sociale. Parce qu'ils font le constat déçu que la photo et l'image ne peuvent ni faire changer les consciences, ni être un pouvoir actif dans les luttes politiques, les artistes de Provoke (Daido Moriyama, Takuma Nakahira, Yutaka Takanashi…) décident alors de se saisir de cette résistance inventer un nouveau langage.

Dans cette révolte post-frondes, la photo ne peut qu'être le témoin de la présence d'un corps dans un espace. Cette nouvelle façon d'envisager la puissance photographique amène le collectif à agir physiquement dans le monde. Ainsi, en parallèle de leur travail d'édition, ils développent tout un système de performances qui testent et font état de cette façon d'être corporellement quelque part.

Un adieu à la photographie façon Cartier-Bresson

Au rez-de-chaussée du BAL, on entre dans un tourbillon de photos noir et blanc qui ancrent la naissance de Provoke dans un monde déchiré par d'importants conflits internes. Luttes, affrontements, fronts et barricades sont captés dans leur élan vital, leur urgence, leur nécessité. Dense et foisonnante, cette première partie rend compte autant de l'affolement que de l'absolu de cette époque. Au sous-sol, on découvre un vaste espace où sont entièrement déployés les numéros de Provoke. Dans un accrochage aussi brut que la recherche formelle et idéologique du collectif, on se retrouve littéralement face à un adieu à la photographie façon Cartier-Bresson, désormais pur sujet sans auteur. Poussée très loin, leur volonté de jeter aussi bas la photographie pour voir ce qu'il en reste, établit un rapport primaire avec l'image, rare et d'une puissance dépassant l'ultime.

Travail photographique remarquable, déroutant et pourtant d'une importance décoiffante, les œuvres de Provoke happent comme un tourbillon de Naruto. Véritable claque esthétique et physique, l'exposition du BAL est une épopée qui se reçoit de plein fouet.

Cette exposition fait partie de notre sélection des meilleures expositions à Paris

Par Elise Boutié

Publié :

Téléphone de l'événement 01.44.70.75.50
Site Web de l'événement http://www.le-bal.fr
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