Sade : Attaquer le soleil

Art, Peinture
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Sade : Attaquer le soleil
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Henri Rousseau, 'La Guerre', 1894

A priori, une expo sur Sade pourrait constituer l’une des rares occasions vraiment savoureuses de faire la queue – encore que le sous-titre de celle-ci, « Attaquer le soleil », ne soit pas le mieux venu pour passer l’hiver. Mais enfin, trêve de calembours gratuits pour cette exposition qui a dû coûter bien cher ! Car il y a du monde à Orsay, beaucoup trop même : ce qui finit par ruiner absolument les bases du projet et faire de Sade un simple prétexte à un grand fourre-tout culturel – ce qui, malgré les apparences, n’est vraiment pas lui rendre hommage.

Accumulant les œuvres sans élaborer ni propos original ni fil directeur, ‘Sade : Attaquer le soleil’ nous balance ainsi du Delacroix, du Géricault, du douanier Rousseau, pas mal de surréalisme (heureusement) ou une séquence des ‘Yeux sans visage’ de Franju, sans jamais expliquer en quoi ils se rapporteraient à Sade autrement que par une espèce de vague affinité thématique. Autrement dit, quiconque a un jour peint un bout de nichon ou une tache de sang se retrouverait héritier du divin marquis. On conviendra que cela fait un peu court.

Comme si la quantité d’œuvres présentées pouvait contrebalancer leur absence flagrante de cohérence, l’exposition du musée d’Orsay traîne alors en longueur sans jamais nous rapprocher de Sade, de son écriture torrentielle, masturbatoire, ou de son humour cruel et blasphémateur. Ce qui paraît tristement à côté de la plaque. On se consolera alors avec une bonne vieille blague de Marcel Duchamp (‘Objet-Dard’), quelques photos de Man Ray, une toile érotique de Courbet (‘Le Sommeil’) ou ces illustrations porno anonymes de romans libertins. Pour apaiser notre agacement, on s’amusera aussi du nom de certains peintres aux noms prédestinés (Jean-Jaques Lequeu, Edward Burne-Jones…). Hélas, les œuvres potentiellement pertinentes se voient ici noyées par un ensemble de toiles dont la nudité presque chaste (chez Ingres ou Fragonard) n’a vraiment pas grand-chose à voir avec la virulence sadienne.

A la limite, l’expo aurait pu être suggestive (peut-être même passionnante ?), si elle s’était concentrée sur Sade et le surréalisme, à travers les travaux, ouvertement sadiens pour le coup, de Hans Bellmer, André Masson ou Max Ernst. Comme, partant de Lautréamont (l’autre grand précurseur du mouvement d’André Breton, proche de Sade par le dynamisme et l’agressivité de son écriture), elle aurait pu valoriser la poésie populaire « faite par tous, non par un » qu’on retrouve dans ces photos érotiques anonymes qui viennent, trop rarement hélas, pimenter l’exposition. Là-dessus, les commentaires d’Annie Lebrun, commissaire général de cette présentation muséologique ratée mais excellente exégète par ailleurs – dont on conseillera en particulier ‘Les Châteaux de le subversion’ et ‘Soudain un bloc d’abîme, Sade’, parus chez Jean-Jacques Pauvert – auraient certainement pu se révéler éclairants.

Seulement, à vouloir gaver le spectateur d’œuvres hétéroclites, le musée d’Orsay a manifestement préféré faire dans l’épate-bourgeois faussement sulfureux, à l’image de la bande-annonce racoleuse présentant l’exposition, dont l’esthétisme érotisant évoque davantage une pub pour parfum que la révolte radicale, amorale et surhumaine de l’auteur des ‘Cent Vingt Journées de Sodome’.

> Horaires : du mardi au dimanche de 9h30 à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 21h45.

Par Alexandre Prouvèze

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