Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale

Art, Design Musée des Arts décoratifs , 1er arrondissement Jusqu'au dimanche 23 avril 2017
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Soyez extravagant, soyez libre ! De Jeanne d'Arc à la mini-jupe…

Transgresser l'ordre établi, faire de l'infraction au code une règle et débrider les esprits étriqués : voilà le credo moderne de la mode, érigé en valeur. S'habiller comme on l'entend, et tant pis si c'est trop court, trop large, trop grand, trop petit, trop masculin, trop féminin pour certains, ça nous plaît. A partir de cet état de fait,  – le vêtement repousse toutes les limites, ou presque –, le musée des Arts Décoratifs propose une exposition retraçant les différentes étapes historiques, mythiques et chronologiques de ces audaces vestimentaires controversées. Et pourtant bien essentielles.

La règle c'est la règle

Tout d'abord accueilli par Adam et Eve, dans le plus simple appareil, l'habit est montré pour ce qu'il est : la conséquence du péché originel où il a fallu se couvrir pour détourner les regards devenus envieux. Guides de bonnes manières, règles implicites, interdits et tabous dictent désormais la tenue qu’il sied de revêtir pour ne pas verser dans le péché d'orgueil. Autrement dit, l'extravagance.

De l’étiquette sévère des cours royales aux normes rigides de l'Assemblée nationale – où la robe à fleurs de l’écologiste Cécile Duflot avait été sifflée, vous vous en souvenez ? – en passant par les codes acquis du monde de l'entreprise, on ne peut s'habiller comme on le désire, mais comme il se doit. Et pourtant, en sept siècles de scandales vestimentaires, ceux qui osent un pas sur le côté sont nombreux.

Liberté !

La preuve : un beau jour, la mode est arrivée, faisant du vêtement un art, une revendication invitant chaque individu à se libérer de ces contraintes bien-pensantes et annihilantes. Alors les femmes ont porté le pantalon – même si on apprend que la loi les obligeant à en faire la demande à la Préfecture de Police n'a été abolie qu'en janvier 2013 ! –, les hommes ont revendiqué le droit à la jupe, les tenues d'intérieur se sont mises à parader dehors, les décolletés ont plongé… Bref les tissus se sont relâchés. Et tant pis pour ceux à qui cela ne plaisait pas !

Riche de documents d'archives éclairés et éclairants, l'exposition décortique autant la façon dont les regards ont évolué que la manière dont les individus ont bousculé les conventions établies.

De l'usage social du vêtement 

L'intelligence de ‘Tenue correcte exigée’ réside aussi dans son approche sociologique de la question de l'appropriation du vêtement. Plus qu'une matière artistique, l'habit est avant tout un atout personnel qui transcrit aussi bien l'appartenance à un monde que la volonté de s'en détacher. Ainsi, de nombreuses et très belles pièces, presque toutes issues des collections de grands créateurs (Yves Saint-Laurent, Yamamoto, Chanel, etc.), côtoient l'ordinaire des audaces, parfois perçues comme d'affreuses fautes de goût. C'est d’ailleurs dans ce décalage que tout se joue : est-ce trop ? Est-on vraiment prêt à laisser entrer ce genre de fantaisies dans notre garde-robe ?

Souvent très drôle, cette exposition présente un pan de l'histoire sociale et culturelle de notre monde selon ses frilosités, ses coups de gueule et ses coups de maître. Ne ratez donc pas cette superbe exposition, pleine d'humour, de regard critique et de documents inoubliables.

Vous vous en doutez, cette exposition nous a tellement fait vibrer qu'elle fait partie de notre dossier des meilleures expos à Paris mais aussi des expos à voir en amoureux.

Par Elise Boutié

Publié :

Nom du lieu Musée des Arts décoratifs
Contact
Adresse 107 rue de Rivoli
1er
Paris

Heures d'ouverture Du mardi au dimanche de 11h à 18h, nocturne (21h) le jeudi.
Transport Métro : Tuileries ou Palais Royal
Prix 11 €
Site Web de l'événement http://www.lesartsdecoratifs.fr
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