Un Nouveau Festival : Air de jeu

Art, Art vidéo
Recommandé
  • 4 sur 5 étoiles
0 J'aime
Epingler
 (© Robert Overweg)
1/5
© Robert Overweg
Robert Overweg, 'Appartement two', 2011
 (Vue de l'exposition / © TB / Time Out)
2/5
Vue de l'exposition / © TB / Time Out
 (Le film 'Napoleon Dynamite', au programme du cinéma du Centre Pompidou)
3/5
Le film 'Napoleon Dynamite', au programme du cinéma du Centre Pompidou
 (Vue de l'exposition / © TB / Time Out)
4/5
Vue de l'exposition / © TB / Time Out
 (Stand-Up / © Centre Pompidou)
5/5
Stand-Up / © Centre Pompidou

« L’art-amusement doit être simple, drôle, sans prétentions, traitant des choses insignifiantes, ne demandant ni compétences ni entraînements sans fin, il ne doit avoir ni valeur marchande ni institutionnelle. » Sans tout à fait le prendre au pied de la lettre, cette année, le Nouveau Festival du Centre Pompidou célèbre en tout cas l’esprit du Fluxmanifeste du fluxamusement (le manifeste préféré des orthophonistes signé George Maciunas, 1965) – et de l’art ludique en général. Certes, les festivités ont le goût de l’institutionnel, le parfum des œuvres qui coûtent cher et la couleur de la matière grise des conservateurs. Mais l’ambiance de cette sixième édition à rallonges (trois mois de festivités en 2015, s'il vous plaît) fait surtout, et ouvertement, la part belle au jeu, à l’improvisation, au défouloir. Selon une philosophie participative assez réjouissante.

Voilà plusieurs années que le Nouveau Festival cherchait tant bien que mal à renouer avec l’ADN pluridisciplinaire et l’élan populaire que revendiquait le Centre Pompidou lors de sa création. Cette fois, à notre avis, c’est gagné. Bingo. Banco. Dans le mille. Erreur de la banque en votre faveur. Pas besoin d’un BAC +12 en théorie de l’art contemporain pour tirer le meilleur de cette édition foisonnante, où performances de stand-up, détournements de jeux vidéos, projos de films, extraits de Saturday Night Live et aire de jeux Fluxus font la ronde, dans un joyeux bordel qui fonctionne sur plusieurs niveaux de lecture, et s’adresse donc à un public sans âge.

Se déguiser en Yoko Ono (George Maciunas), perdre d’avance une bataille navale (Claude Rutault), jouer aux échecs avec son nez, ses oreilles ou ses pieds (d’après Takako Saito et Yoko Ono), perdre la boule au musée du bug (Julien Prévieux), recomposer d’insolubles puzzles (George Brecht), jouer au quatre de cœur (Maciunas, encore lui), activer une roulette française pour gagner des notes de musique (Michel Aubry), danser, chanter, siffler (Robert Filliou). Ou se lancer, pourquoi pas, dans un tournoi de ping-pong au sous-sol de Beaubourg, transformé en club de tennis de table. Voilà, entre autres, ce qui se trame jusqu’au 20 juillet dans les différents espaces en accès libre du Centre Pompidou (programmation en deux temps), qui s’associe par ailleurs au CND de Pantin autour d’un cycle de « vidéodanse », tout au long du printemps.

Beaubourg voulait un événement en forme de laboratoire. Le voilà. Un vent de création et de légèreté souffle bel et bien sur ce (plus si nouveau) festival, qui ne manque pas d’air ni de profondeur pour autant : vous vous en doutiez, sous couvert de frivolité, ce parcours jonché d’artistes lucides et critiques comme Julien Prévieux ou Yan Duyvendak soulève aussi des interrogations pertinentes sur les jeux virtuels, sur le rapport entre art et divertissement, ou sur l’expérimentation culturelle comme vecteur de liberté et de ciment social. Plus qu’à Maciunas, on pense alors à Raymond Queneau, lorsqu’il proclamait qu’« il n’y a pas que la rigolade, il y a aussi l’art. » Ou comment lutter contre le bug cérébral de la société du divertissement, en se prêtant à ses propres jeux.


Tous les jours sauf le mardi, de 11h à 21h.
Entrée libre et illimitée sur présentation d'un billet d'entrée au musée acheté entre le 15 avril et le 20 juillet.

Par Tania Brimson

Publié :

LiveReviews|0
1 person listening