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La Jeune Rue fait le jeûne

Aucune boutique ou presque n'a vu le jour

  • © EChirache

  • Nicole et Jean-Pierre, couple de retraités qui reviennent sur les traces de la rue d'enfance de Jean-Pierre.

  • © EP / TOP

  • Les vitrines commencent à être recouvertes de dessins.

  • L'angle entre la rue Volta et la rue Notre-Dame-de-Nazareth.

  • Des ouvriers et artisans regardent le ballet des voitures et camions de livraison.

  • © EChirache

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Tout le monde en parlait il y a encore quelques mois. La Jeune Rue, c'est ce projet fou d'un millionnaire français qui devient propriétaire d'une trentaine de boutiques toutes situées dans trois rues voisines, la rue Notre-Dame-de-Nazareth, la rue Volta et la rue du Vertbois (Paris 3e). Le plan prévoyait l'ouverture de quelques adresses au printemps, puis davantage à la rentrée. Depuis cette annonce, seul le restaurant Anahi a ouvert, ou plutôt rouvert, car il s'agit d'une ancienne table dont la façade tombait en ruines il y a encore peu de temps. Nous sommes retournés sur les lieux pour constater que la plupart des devantures offraient toujours porte close et vitrines taguées voire brisées. Certains travaux ont avancé, tels ceux d'une boucherie à l'angle rue Volta et rue Notre-Dame-de-Nazareth ou encore ceux du restaurant Abaji rue du Vertbois, mais dans l'ensemble la rue est calme, très calme.

Ce sentiment est confirmé par Jean-Pierre, un retraité qui a grandi dans la rue Volta durant les années 1940 et 1950, avant d'habiter à Champs-sur-Marne puis en Vendée. Avec sa femme Nicole, il est revenu aujourd'hui sur les lieux de son enfance, sorte de pèlerinage nostalgique qui le laisse perplexe. « C'est triste de voir comme ça a changé, constate-t-il, la mine déconfite. Avant, ça grouillait de monde. Ici, il y avait un bougnat qui accueillait plein de monde, là une maroquinerie et à l'angle plus loin un café très connu et populaire. Ah, et il y avait une boucherie chevaline au bout de la rue. Maintenant, ça paraît si vide. » On apprend au couple quel projet attend de voir le jour dans ces rues. Ils sont sceptiques. « Ça risque d'être cher... pense tout haut Jean-Pierre. De toute façon, les loyers sont trop élevés pour que ce soit un quartier populaire comme autrefois, mais du coup, ce n'est plus du tout vivant, ça n'a plus rien à voir avec le quartier que j'ai connu, hélas. »

Même son de cloche chez un ancien commerçant de la rue Notre-Dame-de-Nazareth, Dalal, qui nous regarde, interloqué, en train de photographier des boutiques vides. « Il n'y a plus de commerces, ici, c'est fini ! s'emporte-t-il. Quand un magasin ouvre, il ferme au bout de deux mois et un autre le remplace parfois, mais pas longtemps. J'ai 75 ans et je peux vous dire qu'avant c'était autre chose dans la rue ! Mais un jour, ils ont allongé les trottoirs, alors impossible de décharger la marchandise en camion comme avant. La rue s'est dégradée, Paris, c'est fini, la France, c'est fini. » On comprend vite qu'en cinquante ans à peine, la mondialisation, la gentrification des quartiers populaires et les inégalités croissantes ont bousculé les habitudes de certains habitants de Paris ou d'ailleurs, qui regrettent - parfois à juste titre - un Paris d'antan, populaire, dynamique, mais aussi déformé par l'âge et la nostalgie. Pas sûr que la Jeune Rue, si elle existe un jour, puisse changer ce sentiment.

Eux, ils ont vraiment ouvert pour de bon



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