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Cannes 2013

Le bilan du festival et nos critiques des films récompensés


Contrairement à l'année précédente (où certaines injustices du palmarès avaient donné à beaucoup l'envie de trucider le président du jury, le pourtant sympathique Nanni Moretti), les récompenses décernées par ce Festival de Cannes 2013 ressemblent pas mal à un sans-faute. D'abord, parce que la richesse du cinéma mondial s'y trouve joliment représentée : Chine, Japon, Iran, Mexique, Etats-Unis, France... De Kore-eda aux frères Coen en passant par Kechiche ou Zhangke, les films primés par Spielberg et ses camarades réjouissent immédiatement par leur diversité, qui donne du cinéma d'auteur mondial une image assez représentative et pertinente.

Deuxième aspect qui saute aux yeux de ce palmarès : le caractère politique, au sens large, des films récompensés. Si la question de l'argent et du pouvoir semble en effet avoir été au centre du Festival (entre le richissime 'Gatsby' et le Las Vegas showbiz de 'Ma vie avec Liberace'), le jury aura préféré retenir deux films plus frontalement polémiques. D'une part, 'Heli' d'Amat Escalante : plongée dans le marasme social contemporain au Mexique, d'une violence non contenue, parfois gratuite, mais cri de désespoir insistant auquel revient un prix de la Mise en scène justifié (malgré une progression narrative trop répétitive et un inutile incendie de pénis). Plus habile et ironique, tout en osant parfois la caricature vengeresse, 'A Touch of Sin' de Jia Zhangke, prix du Scénario, relate avec une violence jouissive quatre itinéraires de revanche sociale : où un individu écrasé par la société contemporaine, rendue opaque par la mondialisation, se révolte contre sa corruption générale. Œil pour œil...

En outre, si le Grand Prix du festival et le prix du Jury se voient remis à deux films de facture plus classique ('Inside Llewyn Davis' des frères Coen et 'Tel père, tel fils' de Kore-eda), l'un et l'autre semblent témoigner d'un cinéma intemporel, humaniste et maîtrisé, qui se plaît à invoquer avec intelligence les fantômes de Bob Dylan ou de Yasujiro Ozu (1903-1963). Enfin et surtout, la Palme d'or remise à 'La Vie d'Adèle', qui illustre superbement l'amour entre deux femmes, apparaît comme un geste politique salutaire après des mois de manifestations homophobes décomplexées en France.

Politique, le film de Kechiche l'est évidemment, mais comme on pourrait finalement le dire de tous rapports entre individus. En effet, le personnage d'Adèle a quelque chose de sartrien, dans l'écoute de son désir, l'affirmation de ses choix. C'est à travers l'intimité que se joue véritablement le politique : en cela, 'La Vie d'Adèle' n'a rien d'un banal film militant, mais resplendit au contraire d'un réalisme et d'un souffle incroyables. Le travail d'improvisation du réalisateur et de ses deux formidables actrices (Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux), d'une fraîcheur rare et bienheureuse, représente ainsi le côté le plus enthousiasmant de cette Palme d'or : il est la preuve d'un cinéma vivant, tenant à faire corps avec le réel, et qui rappelle au passage l'humanité d'un Renoir, ou certaines œuvres de Rohmer ('Le Rayon vert') et de Rivette ('L'Amour fou') pour la joie d'être au monde qu'il transmet. Ce qui n'est pas rien.

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Palmarès du Festival de Cannes 2013

- Palme d'Or : Abdellatif Kechiche, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux pour 'La Vie d'Adèle'
- Grand Prix : Joel et Ethan Coen pour 'Inside Llewyn Davis'
- Prix du Jury : Hirokazu Kore-eda pour 'Tel père, tel fils'
- Prix de la mise en scène : Amat Escalante pour 'Heli'
- Prix du scénario : Jia Zhangke pour 'A Touch of sin'
- Prix d'interprétation féminine : Bérénice Bejo pour 'Le Passé'
- Prix d'interprétation masculine : Bruce Dern pour 'Nebraska'

Films en compétition

'La Vie d'Adèle' d'Abdellatif Kechiche

  • Note: 5/5

Magnifique, 'La Vie d'Adèle' se pose comme une évidence, à l'image de certains films d'Eustache, de Renoir, d'un réalisme époustouflant mais dans le monde d'aujourd'hui. Plongée dans ce film-fleuve de trois heures – qui passent comme une lettre à la poste –, Adèle (Adèle Exarchopoulos, inconnue éblouissante) traverse l'adolescence. Lycéenne curieuse, elle lit Marivaux et s'initie à l'amour. D'abord avec un lycéen gentiment banal, puis avec Emma, une étudiante des Beaux-Arts aux cheveux bleus (Léa Seydoux, magnétique et animale), avec laquelle... Lire la suite

'Inside Llewyn Davis' de Joel et Ethan Coen

  • Note: 5/5

'Inside Llewyn Davis' paraît si riche qu'il pourrait être vu selon une multitude d'angles. Coup de projecteur amusé sur la scène musicale, hommage à un quartier légendaire de l'histoire culturelle (Greenwich Village, New York, au début des années 60), déclaration d'amour aux musiciens inconnus ou aux absurdités de la vie d'artiste... Retraçant avec sympathie et ironie le parcours d'un folkeux imaginaire (incarné par le drôle et ténébreux Oscar Isaac), le film des frères Coen nous livre une version mélancolique, parfois cruelle, souvent hilarante de... Lire la suite

'Only God Forgives' de Nicolas Winding Refn

  • Note: 5/5

Pour beaucoup (trop ?) de spectateurs, Nicolas Winding Refn est d’abord le réalisateur de ‘Drive’, son premier film hollywoodien sorti en 2011 avec pour acteur principal Ryan Gosling. D’où la probable déconvenue d’une partie du public devant cet ambitieux ‘Only God Forgives’, plus qu’appréciable si l’on s’intéresse de près à la filmographie du Danois, difficile d’accès dans le cas contraire. Car si les rues de Copenhague (trilogie ‘Pusher’, ‘Bleeder’) ou celles de Los Angeles (‘Drive’ encore) paraissent loin, ce dernier long métrage constitue pourtant... Lire la suite

'A Touch of Sin' de Jia Zhangke

  • Note: 4/5

Un ouvrier désolé et rageur devant la corruption de ses supérieurs, une hôtesse de sauna violentée par un client qui croit pouvoir l'acheter comme une prostituée (la tabassant à grands coups de liasses de billets), un travailleur clandestin et armé... Les personnages de cet étonnant film de Jia Zhangke, nombreux, partagent tous une même problématique : la soumission à un pouvoir sans autre légitimité que la contrainte qu'il impose. Et chacun, à sa manière, va se révolter contre cette condition. Violent, burlesque, jouant de la caricature sans jamais oublier de faire preuve d'un réalisme convaincant... Lire la suite

'Le Passé' d'Asghar Farhadi

  • Note: 4/5

Après avoir ausculté la classe moyenne iranienne dans ‘A propos d’Elly’ et ‘Une séparation’, Asghar Farhadi se penche sur la société française à travers l’histoire d’une famille recomposée. Ahmad (Ali Mosaffa), l’ex-mari de Marie (Bérénice Bejo), revient en France pour officialiser un divorce ayant traîné, quatre ans après leur séparation. Serein et rassurant, Ahmad reprend peu à peu des habitudes dans cette maison qu’il a habitée, et où Marie tient à l’accueillir. Quitte à délaisser quelque peu Samir (Tahar Rahim), son nouveau compagnon traversant une période difficile après la tentative de... Lire la suite

'Nebraska' d'Alexander Payne

  • Note: 4/5

Réalisateur habile et discret, Alexander Payne revient avec 'Nebraska', une comédie mélancolique reprenant avec habileté les thèmes qui traversent son œuvre : l’âge adulte face au vieillissement, la fuite en avant et l’indicible beauté des folies douces. Un road movie en noir et blanc avec un vieil irascible qui perd la boule ? Effectivement. Et pourtant il s’agit bien d’une comédie. Douce-amère, certes, mais parfois délicieusement drôle, avançant par petites touches d’ironie bien senties, parfois à la limite de l’humour noir – notamment lors d’une jolie série de blagues sur les dentiers. Lire la suite

'Like Father, Like Son' de Kore-eda Hirokazu

  • Note: 3/5

Voici un film d'une délicatesse telle qu'elle confine à l'évanescence. Ryoata, riche trentenaire, architecte obsédé par la réussite sociale et père de famille assez vieux jeu, et sa femme Midori apprennent que leur fils de 6 ans a, en réalité, été échangé à la naissance contre cet autre enfant qu'ils croient être le leur. Contactés par la maternité, ils rencontrent les parents d'en face et, tandis que chacun des couples envisage de récupérer sa progéniture biologique, se rendent compte que les deux gamins n'ont absolument pas reçu la même éducation. Lire la suite

'Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines)' d'Arnaud Desplechin

  • Note: 3/5

Pour son premier long métrage américain, Arnaud Desplechin a opté pour une approche confortable et assez maline. Faisant mine de dépasser ses habituelles illustrations des névroses, il décide de s'attaquer aux balbutiements mêmes de la psychanalyse pour, en fait, rejoindre un registre ayant largement fait ses preuves – celui du « film de psy » – qui rassemble des films aussi divers que 'Mafia Blues', 'La Maison du Dr Edwardes' ou 'A Dangerous Method'. S'inspirant des écrits... Lire la suite

'Heli' d'Amat Escalante

  • Note: 3/5

Jeune protégé de Carlos Reygadas, le Mexicain Amat Escalante a été à bonne école. Effectivement, d'un point de vue plastique, il n'y a pas grand-chose à redire à son film : la réalisation est efficace, graphique, tendue, et soutient bien son propos. En revanche, l'évident problème reste que, trop démonstratif en dépit de ses qualités visuelles, le long métrage finit par tourner à vide, semblant parfois même lorgner vers une forme de complaisance. On y suit le quotidien d'une famille, en particulier d'une fillette, Estelle, 12 ans, amoureuse d'un flic impliqué dans un trafic de drogue. Lire la suite

'Jeune et jolie' de François Ozon

  • Note: 3/5

Après ‘Dans la maison’, correct thriller lycéen sorti l’année dernière, François Ozon continue sur le thème de l'adolescence perverse, avec ce long métrage qui semble vouloir résumer à lui seul l'ensemble de son travail : de la sensualité mystérieuse de ‘Sous le sable’ à l'humour de ‘8 femmes’, en passant par la destruction du schéma familial – son thème de prédilection depuis 'Sitcom', premier long métrage en 1998. Divisé en quatre parties, au gré des saisons d'une année, le film suit l’itinéraire sexuel d’Isabelle (Marine Vacth), 17 ans, qui, après un dépucelage bâclé avec un touriste allemand... Lire la suite


Vidéo • Autour du Palais du festival...

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