Le meilleur de votre ville

La libre sensualité de Mike Nichols

Retour sur ses meilleurs films en quatre extraits vidéo

Décédé mercredi dernier à l'âge de 83 ans, Mike Nichols restera avant tout, pour la postérité hollywoodienne, le réalisateur du 'Lauréat' en 1967. Premier véritable rôle de Dustin Hoffmann, et une BO signée Simon & Garfunkel sur laquelle figure quelques-uns de leurs meilleurs titres - "The Sound of Silence", "Scarborough Fair/Canticle", "Mrs. Robinson"... Quiconque l'a vu garde au moins en tête une séquence du 'Lauréat'. Quelques arpèges suspendus, scintillants sur un matelas flottant à la surface d'une piscine où Benjamin, le jeune diplômé interprété par Hoffmann, savoure sous un soleil d'été mouillé sa virilité naissante. Ou encore, le gringue insistant de cette fameuse Mrs. Robinson, l'une des toutes premières MILF de la culture populaire, qui n'acceptera pas, par orgueil, que le jeune homme tombe amoureux de sa fille. Et puis, cette scène finale qu'on aurait complètement envie de spoiler, tant elle est romantique...

'Le Lauréat' (1967)

Surtout, ce qui reste encore marquant, lorsqu'on regarde 'Le Lauréat' aujourd'hui, c'est sa liberté de ton morale, très juste pour son époque et ses mœurs. Et c'est même précisément cela qu'on pourrait retenir de l'ensemble de la carrière, par ailleurs assez inégale, de Mike Nichols. Un an avant 'Le Lauréat', le premier film de ce comédien de théâtre, 'Qui a peur de Virginia Woolf ?', adaptation de la pièce éponyme d'Edward Albee avec Elizabeth Taylor et Richard Burton, émiettait déjà le couple bourgeois à grands coups de rancœurs assassines, de jalousies larvées explosant au grand jour et de cruelles scènes de ménage, d'une violence aussi rageuse qu'alcoolisée (lire la critique complète du film).

'Qui a peur de Virginia Woolf ?' (1966)

Quatre ans après 'Le Lauréat', en 1971, c'est avec 'Ce plaisir qu'on dit charnel' ('Carnal Knowledge') que Nichols aborde, plus explicitement encore, la question des relations sentimentales et sexuelles. Jack Nicholson et Art Garfunkel y interprètent deux amis dont le film suit, à différents âges, l'évolution des rapports avec les femmes - et parfois, d'ailleurs, avec la même. Vu sous cet angle, le meilleur de Mike Nichols rejoindrait sans doute alors - mais à l'américaine - le meilleur de François Truffaut (celui de 'Jules et Jim', des 'Deux Anglaises et le Continent', de 'L'homme qui aimait les femmes'...), à travers sa bienveillance à l'égard de la sensualité et sa lucidité face aux dynamiques du désir, multiples et paradoxales.

'Ce plaisir qu'on dit charnel' (1971)

Par la suite, c'est un peu plus lourdement que Nichols évoquera ces thèmes, que ce soit avec son remake de 'La Cage aux folles' ('Birdcage', avec Robin Williams et Nathan Lane) ou - peut-être pire encore - avec 'Wolf', en 1994 : banale histoire de loup-garou (à nouveau Nicholson, évidemment), où la métaphore sexuelle paraît, pour le coup, carrément surlignée au marqueur. En 2004, c'est avec 'Closer, entre adultes consentants' que Mike Nichols reviendra une dernière fois à ses thèmes sentimentalo-sensuels, en suivant les aventures de deux couples aux désirs diagonaux, formés par Natalie Portman, Jude Law, Julia Roberts et Clive Owen - en même temps, on aura vu pire comme casting pour une comédie de mœurs.

'Closer, entre adultes consentants' (2004)

Toutefois, observée de l'intérieur, la politique aura été l'autre grand thème de Mike Nichols, qu'il aura abordé par le biais de la satire ('Catch 22', critique de l'engagement américain au Vietnam, assez proche du 'M.A.S.H' de Robert Altman en 1970), de la comédie gentiment ironique ('Primary Colors', avec un John Travolta aux cheveux et à la libido clintoniens) ou du drame ('La Guerre selon Charlie Wilson', son dernier film en 2007). Mais au fond, pour quelqu'un qui aura traversé le dernier âge d'or du cinéma hollywoodien, celui des années 1960 et 70, propos sexuel et portée politique constituent sans doute, au fond, un peu la même chose.



City links

Global links