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'L'Adieu au langage' de Jean-Luc Godard

Ou quand un grand bavard veut contraindre sa nature

"Elle est pas belle, la vie ?"

"Elle est pas belle, la vie ?"


Il est probablement de bon ton aujourd'hui de moquer le cinéma de Jean-Luc Godard, surtout celui qu'il fait actuellement. Dans un milieu cinéphile désormais tout entier dominé par les internautes passionnés de technologie, l'œuvre de Godard n'a pas vraiment sa place. Parangon d'un cinéma intello considéré comme chiant et d'une Nouvelle Vague dont l'ombre n'en finit plus d'écraser les apprentis cinéastes, le réalisateur de 'Pierrot le fou' est devenu la cible parfaite, l'objet de tous les fantasmes liés à cette tendance honnie du cinéma français. Publiée le 3 juillet dernier, la bande-annonce de son nouveau film ne risque pas d'arranger les choses. Godard y filme son jardin, son chien, ses amis, des femmes à poil et des gens qui lisent Soljenitsyne. Les voix s'entremêlent, le ton est sérieux, presque solennel, et le montage impressionniste. On n'y comprend goutte. Là où les bandes-annonces habituelles résument le film si bien qu'on n'a plus besoin d'aller le voir, Godard choisit de nous frustrer. Là où les scénarios du cinéma commercial sont la plupart du temps simplistes et ponctués de clichés, le cinéaste suisse prend le parti de moins raconter une histoire qu'une multitude de récits imbriqués qui laisse le spectateur faire le tri.

Alors oui, les clichés du cinéma intello rive gauche peuvent agacer. Sauf qu'il faut les dépasser pour appréhender l'immense beauté esthétique de ses films, la poésie de son cadrage, la mélodie des dialogues. Loin d'être hors de son temps, Godard a d'ailleurs décidé de tourner en 3D, mais une 3D à la Godard, c'est-à-dire bricolée. Le réalisateur a donc juxtaposé deux appareils photo Canon 5D ensemble, dont l'un est posé à l'envers. Chez lui, Godard collectionne également un arsenal de caméras et téléphones qui lui permettent de jouer avec les formats, une manière presque musicale de concevoir l'orchestration d'un film. Une chose est certaine, le réalisateur a raison de ne pas laisser la 3D aux grosses productions américaines. En se l'accaparant, il montre combien la technique est un instrument, qui peut servir plusieurs maîtres, il balaye les contraintes financières et remet l'imagination au centre de la technologie. Pour toutes ces raisons, et d'autres encore, nous irons voir 'L'Adieu au langage' à sa sortie.

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