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Le plan-séquence en 24 extraits

Remis à l'honneur par 'Birdman' d’Iñárritu, le plan-séquence est une des techniques essentielles de la narration au cinéma. De Murnau à Carax en passant par Kubrick ou John Woo, voici 24 plans longs et ininterrompus marquants dans l'histoire du cinéma

L'Aurore (de Friedrich Wilhelm Murnau (1927))
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de Friedrich Wilhelm Murnau (1927)

Considéré comme l'un des tout premiers – si ce n'est comme le tout premier – plans-séquences de l'histoire du cinéma, cet extrait de 'L'Aurore' de Murnau montre un homme traversant la forêt, de nuit, pour aller rejoindre une inconnue, après avoir laissé sa femme et leur jeune enfant. Une innovation technique assez vertigineuse pour l'époque, et l'un des plus beaux films d'amour jamais réalisés.

Scarface (de Howard Hawks (1932))
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de Howard Hawks (1932)

Ici, c'est en ouverture de son film qu'Howard Hawks utilise un plan-séquence, pour nous conduire d'une banale rue jusqu'à une scène de crime. Cette technique introductive, nous plongeant immédiatement en immersion, deviendra bientôt un grand classique de la mise en scène. Quant au remake de 'Scarface' réalisé par Brian De Palma en 1983, c'est sa conclusion qui se tournera en plan-séquence : sans doute une façon de boucler la boucle autour de Tony Camonte.

La Corde (d'Alfred Hitchcock (1948))
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d'Alfred Hitchcock (1948)

Prédécesseur à sa manière du 'Birdman' d'Iñárritu, 'La Corde' d'Hitchcock se présente ficelé comme un unique plan-séquence de 80 minutes – qui fut, en fait, discrètement monté à partir de bobines ne pouvant à l'époque dépasser une dizaine de minutes chacune. Une véritable prouesse technique de la part du futur réalisateur de 'Psychose'. Dont ce ne fut ni la première, ni la dernière.

La Soif du mal (d'Orson Welles (1958))
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d'Orson Welles (1958)

Considérée par beaucoup comme le plan-séquence le plus impressionnant de toute l'histoire du cinéma, l'ouverture de 'La Soif du mal' d'Orson Welles bénéficie de mouvements de caméra si aériens qu'ils se passent tout simplement de commentaires.

Soy Cuba (de Mikhail Kalatozov (1964))
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de Mikhail Kalatozov (1964)

Film soviéto-cubain du milieu des années 1960, 'Soy Cuba' tomba dans l'oubli pendant des décennies, jusqu'à être redécouvert en 1993 et célébré depuis comme l'un des monuments du cinéma soviétique pour son audace et son originalité. L'extrait ci-dessous devrait d'ailleurs rendre dingue à peu près n'importe quel chef-opérateur – celui de ce plan-séquence affolant étant un certain Sergueï Ouroussevski (respect, camarade).

Le Lauréat (de Mike Nichols (1967))
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de Mike Nichols (1967)

Nettement moins impressionnant que les précédents d'un point de vue technique, le générique du 'Lauréat' de Mike Nichols est pourtant resté dans les mémoires pour son efficace simplicité – et très probablement, aussi, pour la musique de Simon & Garfunkel. A noter que Quentin Tarantino semble s'en être souvenu pour 'Jackie Brown', reprenant le même plan-séquence d'ouverture 30 ans plus tard (comme on peut le voir ici).

Week-end (de Jean-Luc Godard (1967))
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de Jean-Luc Godard (1967)

Reconnu comme l'un des maîtres absolus du montage, Jean-Luc Godard montre dans cet extrait qu'il sait également jouer du plan-séquence comme personne. Ici commentée en anglais (ce qui gâche un peu le son des klaxons), la fameuse scène d'embouteillage de son film 'Week-end' s'apparente à un long travelling latéral, où Godard mêle sarcasme froid et cynisme chorégraphique.

La Cicatrice intérieure (de Philippe Garrel (1972))
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de Philippe Garrel (1972)

Film aussi inouï qu'halluciné de Philippe Garrel, 'La Cicatrice intérieure' reste inoubliable pour ce plan-séquence d'anthologie, où l'acteur-réalisateur métaphorise une rupture avec une impressionnante économie de moyens... Si ce ne sont ceux de la musique hiératique et désespérée de la chanteuse Nico, alors compagne du cinéaste et actrice centrale de ce poème visuel typiquement seventies.

Le Miroir (d'Andreï Tarkovski (1974))
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d'Andreï Tarkovski (1974)

Prenant le contre-pied d'Eisenstein (référence historique du cinéma soviétique et de l'art du montage à son époque), Andréï Tarkovski valorisait le plan-séquence, considérant que celui-ci permettait de travailler une temporalité plus ouverte et sensible. A travers 'Le Miroir', son film le plus autobiographique, le réalisateur de 'Stalker' livre ci-dessous l'un de ses plans-séquences les plus beaux – mais aussi, étonnamment, l'un de ses plus courts.

Profession : reporter (de Michelangelo Antonioni (1975))
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de Michelangelo Antonioni (1975)

Si le plan-séquence sert fréquemment à commencer un film, il peut également faire office de point final et de nombreux réalisateurs l'ont utilisé comme tel. En l'occurrence, l'avant-dernière séquence de 'Profession : reporter' de Michelangelo Antonioni demeure une référence en la matière, aussi lente et majestueuse que techniquement bluffante.

Halloween (de John Carpenter (1978))
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de John Carpenter (1978)

S'il existe un genre cinématographique qui fit honneur au plan-séquence, c'est certainement celui du film d'horreur ; l'absence de coupe au montage permettant au public d'observer l'action en temps réel. Dans l'extrait suivant, qui ouvre 'Halloween' de John Carpenter, le plan-séquence se trouve, en plus, tourné en vue subjective : c'est alors le spectateur lui-même qui adopte à la fois le point de vue et la temporalité du serial killer Mike Myers.

Shining (de Stanley Kubrick (1980))
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de Stanley Kubrick (1980)

Poursuivons dans la terreur, ici avec 'Shining' de Stanley Kubrick et sa célèbre séquence en steadicam (un procédé technique inédit à l'époque), où le jeune Danny parcourt les couloirs de l'Overlook Hotel en tricycle, jusqu'à tomber sur les fantômes de deux gamines massacrées. Probablement le plan-séquence le plus célèbre de Kubrick – aux côtés de celui des 'Sentiers de la gloire', qui suivait Kirk Douglas à reculons lors de l'inspection de ses troupes.

 

Ténèbres (de Dario Argento (1983))
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de Dario Argento (1983)

Allez, un dernier film d'horreur pour la route (et un plan-séquence impressionnant, malgré son accompagnement musical un brin « kitschouille »), cette fois-ci par le maître italien du giallo, Dario Argento, dont le regard lorgne d'une fenêtre à l'autre, à la manière d'un assassin jaugeant ses proies éventuelles. La caméra comme menace et oppression : c'est un leitmotiv du cinéma d'angoisse (au moins depuis 'Le Voyeur' de Michael Powell en 1960), ici repris avec un joli mélange de flegme et de virtuosité par le réalisateur de 'Suspiria'.

Les Affranchis (de Martin Scorsese (1990))
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de Martin Scorsese (1990)

Avec cette scène des 'Affranchis', Martin Scorsese livre un plan-séquence brillant, où les personnages de Henry (Ray Liotta) et Karen (Lorraine Bracco) traversent le club Copacabana. Une souplesse polyphonique de la caméra qui inspira très probablement Paul Thomas Anderson pour l'ouverture clubbeuse de son 'Boogie Nights' (à retrouver ici).

The Player (de Robert Altman (1992))
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de Robert Altman (1992)

Polar au second degré et critique acerbe du système hollywoodien, 'The Player' de Robert Altman comporte l'une des plus célèbres ouvertures de film en plan-séquence, pour laquelle la caméra suit les discussions de différents groupes de personnages, papillonnant de l'un à l'autre pendant pas moins de 8 minutes – durant lesquelles on entend notamment une discussion autour... du plan-séquence !

A toute épreuve (de John Woo (1992))
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de John Woo (1992)

Mis à part le cinéma d'horreur, s'il y a un genre qui usa avec brio du plan-séquence, c'est certainement celui du film d'action. En 1992, John Woo en propose un exemple assez scotchant, à travers cette longue scène de fusillade en plein hôpital dans 'A toute épreuve', qui met en scène son acteur fétiche, Chow Yun-fat.

Le Tango de Satan (de Béla Tarr (1994))
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de Béla Tarr (1994)

Immense virtuose du plan-séquence, Béla Tarr est parvenu par ce procédé à créer des temporalités inédites, à la fois contemplatives et épaisses, mystiques et boueuses, comme si sa caméra cherchait à scruter la présence de Dieu (ou son absence, plus probablement) dans les gestes les plus pauvres et décharnés. Or, si l'on a pu adorer son dernier film, 'Le Cheval de Turin', il convient aussi de rendre hommage au projet le plus fou du cinéaste hongrois, 'Le Tango de Satan' (également connu sous le titre de 'Satantango'), fresque de 7h30 exclusivement constituée de plans-séquences, ayant nécessité deux ans de tournage et deux autres de montage. Bref, une œuvre titanesque. Et de quoi danser longtemps avec le diable au clair de lune.

Snake Eyes (de Brian De Palma (1998))
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de Brian De Palma (1998)

Voici l'un des plans-séquences les plus aguicheurs des 20 dernières années : l'ouverture de 'Snake Eyes' de Brian De Palma, où la steadicam du chef opérateur Larry McConkey suit pas à pas la trace de Nicolas Cage, pendant plus de 12 minutes ! Pourtant, comme pour 'Birdman', il faut préciser qu'il s'agit ici d'un faux plan-séquence, au montage habile et discret.

L'Arche russe (d'Alexandre Sokourov (2002))
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d'Alexandre Sokourov (2002)

Palme d'or à Cannes en 2002, 'L'Arche russe' d'Alexandre Sokourov, grâce aux possibilités du numérique, a pu viser plus loin que 'La Corde' d'Alfred Hitchcock. Constitué d'un unique plan-séquence de 96 minutes, le film aura nécessité plusieurs mois de répétition et des centaines d'acteurs et figurants. En revanche, le tournage fut logiquement l'un des plus courts de l'histoire du cinéma, puisqu'après trois prises interrompues, la quatrième fut considérée comme définitive, le 23 décembre 2001.

Old Boy (de Park Chan-wook (2003))
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de Park Chan-wook (2003)

C'est probablement l'un des plans-séquences les plus célèbres de ce début de XXIe siècle : celui de la baston en couloir de 'Old Boy' de Park Chan-wook. Un lent travelling latéral et une chorégraphie où la brutalité le dispute à l'humour, pour l'une des scènes-cultes de la "trilogie de la vengeance" du cinéaste coréen.

Breaking News (de Johnnie To (2004))
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de Johnnie To (2004)

Polar sur la manipulation par les images et la fascination des médias pour les criminels autant que pour les forces de l'ordre, 'Breaking News' est surtout resté pour son réalisateur, Johnnie To, l'occasion d'ouvrir son film par un plan-séquence à tomber à la renverse. Une nouvelle preuve, après 'Old Boy', de la maestria technique imparable du cinéma d'action asiatique.

Last Days (de Gus Van Sant (2005))
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de Gus Van Sant (2005)

A l'instar d'Antonioni (qui l'influença manifestement), Gus Van Sant apparaît comme l'un des maîtres du plan-séquence, avec des films comme 'Elephant' ou 'Gerry', presque exclusivement mis en scène selon cette technique immersive. Voici un exemple tiré de 'Last Days', biopic fictionnel d'un double de Kurt Cobain interprété par Michael Pitt – ce dernier signant live la musique de l'extrait ci-dessous, tandis que la caméra s'éloigne, pudiquement, comme pour laisser tout leur mystère aux puissances des chimères électriques.

Les Fils de l'Homme (d'Alfonso Cuarón (2006))
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d'Alfonso Cuarón (2006)

Si Alfonso Cuarón peut être considéré comme l'un des grands réalisateurs contemporains, c'est certainement pour son incroyable maîtrise du plan-séquence dans 'Gravity', son dernier film en 2013. Pourtant, dès 'Les Fils de l'Homme' (2006), le Mexicain faisait preuve d'une épatante inventivité dans le domaine, avec cette scène en voiture où la caméra parvient à saisir l'action à 360°. Une séquence où l'on passe de la légèreté à l'horreur, sans que la caméra laisse la moindre occasion de cligner de l'œil...

Holy Motors (de Leos Carax (2012))
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de Leos Carax (2012)

Concernant Leos Carax, on aurait évidemment envie de citer la scène cultissime de 'Mauvais sang' où Denis Lavant se met à courir sur 'Modern love' de David Bowie (à voir ici) – auquel rendait d'ailleurs hommage, il y a peu, 'Frances Ha' de Noah Baumbach, à travers cette séquence-là. Pourtant, on préfère finalement citer un exemple plus récent, tiré de 'Holy Motors', avec ce magnifique plan-séquence musical, tourné au sein de l'eglise Saint-Merri.

Commentaires

1 comments
Aaapoum B
Aaapoum B

Je mettrai bien aussi en avant le plan séquence de torture de Funny games U.S., qui est assez percutant.