Le meilleur de votre ville

Les dix meilleures séries comiques : 'Arrested Development' (8/10)

Famille, je vous hais


En trois saisons à peine (plus une quatrième tardive réalisée sous la pression des fans), 'Arrested Development' s'est imposée comme l'une des meilleures séries humoristiques, un modèle de finesse d'écriture et une pépinière d'acteurs brillants, sans pour autant rencontrer un succès populaire durable. Loin des sitcoms de facture classique, la série propose à la fois un univers original en matière de réalisation - inspiré de 'The Office' et son aspect documentariste, qui autorise des zooms improbables, une voix off et des plans dynamiques où la caméra se cache, cherche l'action au second plan, etc. - et une galerie de personnages pléthorique. Là où beaucoup de scénaristes auraient peiné à rendre intéressante une telle quantité de personnages, ceux de 'Arrested Development' les présente en un seul épisode (le plus laborieux, mais nécessaire), avant de les rendre tous sans exception totalement géniaux au fil de l'histoire.

Celle-ci raconte la vie de Michael Bluth, qui doit gérer l'entreprise de son père emprisonné pour un nombre de fraudes incalculable et maintenir la famille soudée pendant cette incarcération, une tâche qui va s'avérer impossible. C'est donc la famille qui est au cœur de l'intrigue, mais une famille lâche, égoïste, pathétique, véritable anthologie de tous les défauts et toutes les tares imaginables. A chaque épisode, une série de questionnements éthiques surgit (peut-on coucher avec la copine de son frère, peut-on tomber amoureux de sa cousine...) face auxquels les protagonistes cherchent à accomplir « la chose juste » (« the right thing »), avec pour règle suprême de toujours privilégier la famille. Au final, ce code se révèle une pure hypocrisie qui entraîne chacun dans les pires décisions en termes de morale, ce que la série elle-même met symboliquement en exergue dans un épisode où Michael parle à son fils George-Michael, interprété par le fabuleux Michael Cera, future icône de la comédie indépendante. Ce dernier lui confie « c'est si compliqué de savoir quel est le bon choix à faire » et son père réplique « je sais,  ce n'est pas comme si une liste de règles se trouvait juste au-dessus de nos têtes », tandis que pour une certaine raison, une grue est en train d'élever une statue des dix commandements juste au-dessus d'eux.

Ainsi 'Arrested Development' se moque-t-elle en permanence du moralisme familial des séries américaines, à travers une densité de situations comiques et de gags plutôt rare à un tel niveau. La caméra bouge, les vannes fusent et les événements hilarants s'enchaînent dans une logique remarquable. Tel événement comique servira par exemple très souvent à amener un autre gag à un futur moment de l'épisode, voire de la série, qui est remplie d'autoréférences délectables : le syndrome du « never nude » dont est affligé Tobias Fünke, le mari de Lindsay Bluth, soit une incapacité pathologique à se montrer nu, ce qui l'oblige à porter un atroce short en jean sous ses vêtements ; l'homosexualité refoulée de ce même Tobias, transparaissant derrière chacune de ses paroles ou de ses actes ; les tours de magie navrants de GOB, frère et rival jaloux de Michael ; les sentiments incestueux qui tourmentent George-Michael en pleine adolescence, amoureux de sa cousine Maeby et désireux d'y échapper autant que d'y céder ; les problèmes œdipiens du troisième frère, Buster (un cerveau d'enfant dans un corps d'adulte), avec sa mère ; ou encore les cruelles manipulations de cette mère, Lucille, ne cessant de jouer avec les jalousies des uns et des autres pour mieux régner sur la famille. Tout ou presque est absurde, rien n'est gratuit, et le show retombe toujours sur ses pieds.

Pour qui : ceux qui pensent qu'ils ont la famille la plus dingue jamais vue.

Nombre de saisons : 3 + 1 réalisée sept ans plus tard et diffusée sur Netflix, une plate-forme de streaming payante sur le web.

Le détail qui tue : Le casting, parfait. De Michael Cera à Jason Bateman, les plus connus, en passant par Will Arnett dans le rôle de GOB, David Cross dans celui de Tobias, Jessica Walter pour Lucille ou encore Tony Hale avec Buster.

City links

Global links