Le meilleur de votre ville

Nos 5 films préférés des frères Coen

Présidents du jury de Cannes 2015


C'est officiel, ce sont Joel et Ethan Coen qui présideront le jury du prochain festival de Cannes, qui aura lieu du 13 au 24 mai 2015. L'occasion pour nous de faire le tri et de choisir nos 5 films préférés de ces auteurs talentueux, parfois surestimés, capables en tout cas d'exprimer une voix originale dans la cinématographie contemporaine. Notre boule de cristal nous dit que certains lecteurs vont crier au scandale en voyant la liste. Pas de 'O'Brother, where art thou ?' ou de 'Barton Fink' ? Nous avons préféré évoquer l'hilarant 'Arizona Junior' et le très beau 'Inside Llewyn Davis', où les deux frères sont parvenus à créer une œuvre à partir d'une économie scénaristique qui les a toujours mieux servis que l'inverse (cf. les ennuyeux 'Burn After Reading' et 'Ladykillers').

Cliquez sur les flèches pour faire défiler les films.

  • 1/ Arizona Junior

    Accents du Sud des Etats-Unis forcés, gags burlesques, plans comiques à l’objectif grand angle, galerie de ploucs sympathiques, 'Arizona Junior' ne fait pas dans la dentelle. Pourtant, on aurait tort de bouder son plaisir devant ce film plutôt méconnu dans la filmographie des Coen, car non seulement il annonce leur amour pour la loufoquerie à la 'Big Lebowski', mais il le fait sans les arrière-pensées plus sombres qui sous-tendent une grande partie de leurs longs métrages ultérieurs.

    En quelque sorte, 'Arizona Junior' est presque à prendre au premier degré, comme une farce joyeuse où Holly Hunter et Nicolas Cage peuvent encore se racheter malgré leurs fautes (voler le bébé d'une famille nombreuse car ils ne peuvent pas avoir d'enfants). Ici, l’humour des deux frères se veut bienveillant, délirant, potache. Sans l’esprit de sérieux qui, parfois, atténuera la portée comique de leurs scénarios. A tous ceux qui pensent que les Coen n’ont réalisé que 'Blood Simple' dans les années 1980, ruez-vous sur 'Arizona Junior', vous ne le regretterez pas.

     

    1/ Arizona Junior
  • 2/ Fargo

    La récente série 'Fargo', inspirée du film, prouve combien ce polar des frères Coen est resté dans les mémoires jusqu’à aujourd'hui. Il faut dire que le film introduisait à l’époque une lenteur contemplative et un cynisme finalement assez moderne quand on pense à 'True Detective' ou même à 'Drive' de Nicolas Winding Refn. Les personnages, que ce soit le couple de gangsters joué par Steve Buscemi et Peter Stormare, l’abruti bourrin et l’abruti philosophe, ou la policière flegmatique interprétée par Frances McDormand, semblent importer davantage que l’intrigue, qui comme souvent chez les deux frères n’est qu’un prétexte à railler la stupidité de l'homme.

    Si l’idiotie des protagonistes de 'Fargo' surprend et déstabilise dans un premier temps les amateurs de policier, habitués à la rouerie des gangsters et au flair des enquêteurs, elle fait en définitive de ces pauvres types les victimes naïves d’un monde originellement pur, souillé par les taches de la bêtise comme les immensités neigeuses le sont par le sang des morts.

    2/ Fargo
  • 3/ The Big Lebowski

    Voilà sans doute un film profondément générationnel. Né entre le milieu des années 1970 et celui des années 1980, il est en effet plus que probable que vous ayez partagé quelques francs éclats de rire avec les deux anti-héros de cette pochade, pleine d’épaisses vapeurs de weed, des frangins Coen. Au centre du film : Jeffrey Lebowski (Jeff Bridges), dit « le Dude », joueur de bowling invétéré, immense fumeur de spliffs et buveur de White Russians. Autour de lui, paumés à L.A., ses deux potes, le bourru Walter (John Goodman) et le maigrichon Théodore (Steve Buscemi). Bientôt, les trois compères se trouvent embarqués dans les ennuis du Dude, que des malfrats confondent régulièrement avec son homonyme, milliardaire paraplégique (David Huddleston – le big Lebowski du titre, donc), dont on découvre bientôt la femme nymphomane (Tara Reid) et la fille, artiste militanto-barrée (Julianne Moore), qui qualifie ses œuvres de « vaginales ».

    Sur un scénario improbable de faux polar aux airs de grand millefeuille (inspiré de la narration de Raymond Chandler pour ‘Le Grand Sommeil’), cette comédie dresse une galerie de portraits décalés auxquels s’entremêlent les délires narcotiques de ce gros branleur de « Dude ».  Plus de quinze ans après sa sortie, ‘The Big Lebowski’ reste l’un des longs métrages marquants des frères Coen, tout en étant relativement mineur dans leur filmographie, pour la simple et bonne raison qu’ils ont réussi à y retranscrire un archétype d’une immense sympathie : celui du bon vivant fier de l’être, post-hippie placide, amoureux peinard des plaisirs de la vie (fumette, picole, bavardage, jeu et filles dénudées). Comme une sorte de personnage de Blier, mais en version US – et définitivement West Coast.

    3/ The Big Lebowski
  • 4/ No Country For Old Men

    Alors que certains présentaient 'True Grit' comme le premier western des Coen, force est de constater qu’ils avaient déjà tâté du genre avec le féroce 'No Country For Old Men'. Western contemporain aux vapeurs de série B, ce thriller s’impose comme un coup de maître parce qu’il répond aux exigences hitchcockiennes du genre : plus le méchant est bon, plus le film est réussi. Les deux frères peuvent donc remercier Javier Bardem d’avoir incarné si bien le salaud du film, qui refroidit ses victimes (et ouvre les portes closes) à l’aide d’un pistolet d’abattage accompagné d’une bombonne d’air comprimé.

    Autour de lui se débattent un shérif vieillissant (Tommy Lee Jones) et un cowboy faussement vernis (Josh Brolin) qui vient de trouver 2 millions de dollars sur une scène de crime. Bien mal acquis ne profite jamais ? En tout cas, ce larcin vaut bien un grand film des Coen, qui ne sont jamais aussi bons que lorsque leur scénario est épuré et leurs ambitions modestes.

    4/ No Country For Old Men
  • 5/ Inside Llewyn Davis

    Alors qu’il apparaît comme un film nostalgique, donc lisse (en témoigne une photo jugée « instagram » par ses détracteurs), 'Inside Llewyn Davis' pose des questions justes et toujours actuelles sur la position sociale de l’artiste : que doit faire un artiste pour rencontrer son public ? Rester dans sa niche, continuer selon ses uniques convictions, ou bien s’adapter à son temps et aux contraintes (du marché, du public) ? En reprenant des airs d’autrefois et en chantant des paroles issues de textes anciens, Llewyn Davis perpétue la tradition folk mais il ne la renouvelle pas, contrairement à Bob Dylan, ses paroles contemporaines et bientôt son électricité.

    Cela ne retire en rien à Llewyn Davis son statut d’artiste, mais cela l’empêche de sortir d’un cycle perpétuel, qui ne cesse de se répéter à l’image des première et dernière scènes du film. Drôle, sobre, et à la bande originale impeccable de bout en bout, 'Inside Llewyn Davis' rend sympathique un musicien antipathique, toujours ensommeillé, les yeux mi-clos, comme en train de rêver sa vie plutôt que vivre son rêve. Qui peut décemment dire qu’il ne retrouve pas un peu de lui dans un tel  homme ?

    5/ Inside Llewyn Davis

1/ Arizona Junior

Accents du Sud des Etats-Unis forcés, gags burlesques, plans comiques à l’objectif grand angle, galerie de ploucs sympathiques, 'Arizona Junior' ne fait pas dans la dentelle. Pourtant, on aurait tort de bouder son plaisir devant ce film plutôt méconnu dans la filmographie des Coen, car non seulement il annonce leur amour pour la loufoquerie à la 'Big Lebowski', mais il le fait sans les arrière-pensées plus sombres qui sous-tendent une grande partie de leurs longs métrages ultérieurs.

En quelque sorte, 'Arizona Junior' est presque à prendre au premier degré, comme une farce joyeuse où Holly Hunter et Nicolas Cage peuvent encore se racheter malgré leurs fautes (voler le bébé d'une famille nombreuse car ils ne peuvent pas avoir d'enfants). Ici, l’humour des deux frères se veut bienveillant, délirant, potache. Sans l’esprit de sérieux qui, parfois, atténuera la portée comique de leurs scénarios. A tous ceux qui pensent que les Coen n’ont réalisé que 'Blood Simple' dans les années 1980, ruez-vous sur 'Arizona Junior', vous ne le regretterez pas.

 


City links

Global links