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Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient

Du 31 mars au 19 avril 2015


En dix ans, le Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient s'est imposé comme un rendez-vous majeur des cinéphiles de la région parisienne, mais aussi du monde entier. À travers une programmation exigeante et variée où longs et courts métrages de fiction côtoient des documentaires, ce festival annuel permet de se familiariser avec des cinématographies peu diffusées. Le Panorama a d'ailleurs aussi vocation à aider des films à trouver des diffuseurs en France. D'où de nombreux inédits. Consacrée au Maroc, cette édition anniversaire permettra aussi, jusqu'au 19 avril, de voir ou revoir bien des films qui ont marqué ces dernières années, ainsi que des sorties récentes ('Le Challat de Tunis' par exemple) et à venir. Porté par le cinéma l'Écran de Saint-Denis (93), le festival s'invite également à Paris aux cinémas Le Louxor et L'Entrepôt. Notre sélection de cinq films. Voir les détails des séances ici.

DIAPORAMA • Le Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient en 5 films
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  • Les Terrasses

    Fiction de Merzak Allouache – Sortie le 6 mai 2015

    Petites avancées de béton qui donnent soit sur la mer, soit sur des rues palpitantes d'activité et de misère, les terrasses d'Alger tiennent un discours muet sur l'histoire de la ville. Autrefois publiques, elles ont peu à peu été transformées en logements de fortune. En racontant Alger à partir de cinq terrasses situées dans des quartiers différents – la Casbah, Bab El Oued, Belcourt, Notre-Dame d'Afrique et Telemly –, Merzak Allouache réalise dans son dernier film une saisissante cartographie sélective et subjective de la violence algérienne.

    Entre espace public et sphère privée, sans retenue mais suivie de larmes et de remords, l'agressivité qui se déploie dans 'Les Terrasses' est pleine de contradictions. Chaque terrasse a ses non-dits que Merzak Allouache prend garde de ne jamais éclaircir tout à fait. Ainsi l'homme qui torture son frère à mort, l'alcoolique qui loue quelques mètres carrés de toit à des démunis et le prédicateur qui garde enfermé dans une niche un membre de sa famille sont-ils en permanence suspects de cruauté gratuite.

    À part une rapide mention humoristique de la visite de François Hollande dans l'unique artère de la ville repeinte pour l'occasion, le politique est absent des terrasses. Grâce à sa maîtrise des silences et son choix d'une structure éclatée, Merzak Allouache parvient à rendre pesante cette lacune. Au désœuvrement de jeunes musiciens sans lieu pour répéter, à la silhouette figée d'une jeune femme battue par son mari ou encore au désespoir d'une vieille femme réfugiée sur un coin de terrasse avec son fils drogué et sa fille mutique, on comprend que le malaise des 'Terrasses' vient avant tout d'une profonde crise de confiance dans les mouvements politiques.

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    Les Terrasses
  • Les Gracieuses

    Documentaire de Fatima Sissani – Inédit

    Elles sont d'ici et d'ailleurs. D'Algérie et du Mali, surtout. Selon les termes employés par Amin Maalouf dans son essai éponyme (Grasset, 1998), Myriam, Sihem, Khadija, Kenza, Rokia et Leïla sont des « identités meurtrières ». Des jeunes femmes nées pour la plupart en France, qui ont grandi entre les bâtiments ternes de la cité des Mordacs à Champigny-sur-Marne (94) mais ne se sentent pas moins frontalières, traversées par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. 'Bande de filles' version documentaire, 'Les Gracieuses' de Fatima Sissani donne à voir le quotidien de ce groupe d'amies aussi pétillantes que lucides.

    Pour éviter les clichés, rien de tel que le rire. Et celui des six copines qui ne se sont pas quittées depuis l'enfance est plein de grâce. Alternant plans collectifs et individuels, c'est lui que filme d'abord Fatima Sissani. Elle a bien raison : communicatif, ce rire souvent teinté d'autodérision écarte d'emblée la tristesse et la violence souvent associées à la banlieue. Bien sûr, le rire qui pousse au milieu des HLM n'est pas le même que celui du 16e arrondissement. Régulièrement, il laisse place à un sentiment d'injustice. « Toutes les copines font partie de la même classe sociale que leurs parents », observe par exemple Leïla. La légèreté des 'Grâcieuses' n'est pourtant pas une politesse du désespoir. Une « identité meurtrière » a le rire collé aux larmes, et c'est ce qui est beau.

    Dans la continuité de son premier documentaire 'Langue de Zahra' (2011) consacré au langage des Kabyles, Fatima Sissani interroge aussi la langue des banlieues. Entre une réflexion sur l'inégalité des chances et une anecdote savoureuse, les jeunes femmes racontent comment, en venant travailler sur Paris, elles ont dû changer de manière de parler. Faire attention à leur accent. Surveiller leur argot. Rarement évoqué, ce phénomène linguistique passionne et achève de montrer toute la complexité qui vit derrière les clichés.

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    Les Gracieuses
  • Home Sweet Home

    Documentaire de Nadine Naous – Inédit

    Ouverte dans les années 1960, l'école privée et progressiste La Colline fait figure de rescapée dans le quartier sud de Beyrouth. Tant bien que mal, son directeur et ses professeurs continuent d'enseigner. Mais le Hezbollah veille, et ce petit foyer de résistance – pourtant modérée – n'a pas ses faveurs. Endetté, le directeur flanche et c'est à ce moment-là que sa fille Nadine Naous décide de lui consacrer un film. Mais 'Home Sweet Home' n'a rien d'une hagiographie du père en martyr : c'est le récit documentaire du retour de la réalisatrice dans son pays natal quitté pour la France depuis des années.

    Grâce à cette dimension autobiographique, le déclin de l'école et des idéaux de ceux qui l'ont portée échappe à toute sécheresse didactique. Petits morceaux d'enfance, des images d'animation naïves en noir et blanc ponctuent avec bonheur les allers et retours de la caméra entre l'école et le domicile parental. Elles disent aussi avec humour la distance culturelle qui sépare la réalisatrice de ses parents. Car autant que l'évocation de la guerre civile de 1975 et de la montée du sectarisme communautaire au Liban, cette distance dit les ravages causés par les obscurantistes.

    Nadine Naous livre à son père ses observations d'enfant prodigue. Elle relève sa droitisation, sa docilité envers le parti sunnite de Hariri. Mais prononcée devant un jeu de backgammon, l'accusation a elle aussi un goût d'enfance. Le titre du film n'est pas une antiphrase : 'Home Sweet Home' est une déclaration d'amour à un père et à un Liban qui n'ont rien d'idéal.

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    Home Sweet Home
  • No Land's Song

    Documentaire de Ayat Najafi – Inédit

    Dans cette dixième édition du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient, les femmes ont décidément une voix qui porte. Cela au sens propre comme au figuré dans 'No Land's Song', documentaire de l'Iranien Ayat Najafi. Après 'Football Under Cover' (2008) consacré à l'organisation d'un match de football entre une équipe féminine allemande et une iranienne, le réalisateur a tourné sa caméra vers sa sœur Sara Najafi. Jeune compositrice vivant à Téhéran, celle-ci décide en 2011 d'organiser un concert pour des chanteuses solistes. Rien d'extraordinaire de notre côté du monde ; en Iran au contraire, l'entreprise relève de la subversion. Car depuis la révolution islamique de 1979, les femmes ont l'interdiction de chanter seules devant un public mixte. Reportage sur ce projet, 'No Land's Song' montre avec finesse le quotidien kafkaïen des artistes iraniens.

    Pour peser davantage face au ministère de la Culture et de la Guidance islamique, Sara Najafi invite aux côtés des chanteuses iraniennes Parvin Namazi et Sayeh Sodeyfi les Françaises Jeanne Cherhal et Élise Caron ainsi que la Tunisienne Emel Mathlouthi rendue célèbre par sa participation à la révolution en 2011. Ce pont culturel sert largement la narration. Distillées tout au long du film, les informations sur le contexte social et politique iranien sont plus que de simples commentaires pédagogiques : elles s'inscrivent dans le projet artistique et le nourrissent. Accompagnées de quelques images d'archives, des plongées dans le passé du chant iranien font contrepoint avec les dialogues entre Sara, les membres du ministère et un érudit religieux. L'absurde n'a pas toujours fait loi en Iran. Fut un temps où une Qamar-ol-Moluk Vaziri, une Delkash et une Googoosh pouvaient s'exprimer librement, et la force de Sara Najafi donne bon espoir en des lendemains qui chantent...

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    No Land's Song
  • Villa Tuma

    Fiction de Suha Arraf – Sortie prévue pour juin 2015

    Dans 'Villa Tuma', Suha Arraf nourrit son art de la provocation d'une culture classique. Surtout connue en tant que scénariste de 'La Fiancée syrienne' (2004) et des 'Citronniers' (2008) d'Eran Riklis, la réalisatrice israélienne s'éloigne dans ce long métrage d'un récit frontal du conflit israélo-palestinien, au profit d'un drame familial qui emprunte à Tchekhov autant qu'à Shakespeare. Comme les protagonistes des 'Trois sœurs' (1900) du dramaturge russe, Juliette (Nisreen Faour), Violette (Ula Tabari) et Antoinette (Cherien Dabis) habitent ensemble depuis la mort de leur père. Autrement dit, depuis l'occupation de leur pays par Israël en 1967. Elles s'ennuient. L'alcool n'est pas un dérivatif à la mode chez elles ; antidépresseurs et ressassement du passé remplacent la vodka, font oublier un moment solitude et désœuvrement.

    Mais lorsque leur nièce orpheline Badia (Maria Zreik) les rejoint, tristesse et méchanceté ordinaires font place à la tragédie. En une sorte d'éducation sentimentale bien amidonnée, les trois sœurs inculquent leurs manières rigides à la nouvelle venue. Apprentissage du piano et du français, dressage corporel... Tous les lieux communs du roman de formation à l'européenne y passent. Pleine de clairs-obscurs, la photographie de Yaron Scharf enveloppe cette violence quotidienne d'un fatalisme auquel seule Badia refuse de se résigner. Ses tantes cherchent à la marier à l'un des rares bourgeois catholiques restés dans la ville après la guerre ; elle tombe amoureuse d'un musulman et fait glisser le film vers un romantisme à la 'Roméo et Juliette'.

    Dans 'Villa Tuma', le politique passe d'abord par des cadrages millimétrés et une grande maîtrise des silences. Chose rare, dans le cinéma israélien. Suha Arraf n'en est pas moins engagée. Pour preuve, la polémique qui a entouré son film en 2014. La réalisatrice avait eu l'audace de présenter celui-ci comme une production palestinienne...

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    Villa Tuma

Les Terrasses

Fiction de Merzak Allouache – Sortie le 6 mai 2015

Petites avancées de béton qui donnent soit sur la mer, soit sur des rues palpitantes d'activité et de misère, les terrasses d'Alger tiennent un discours muet sur l'histoire de la ville. Autrefois publiques, elles ont peu à peu été transformées en logements de fortune. En racontant Alger à partir de cinq terrasses situées dans des quartiers différents – la Casbah, Bab El Oued, Belcourt, Notre-Dame d'Afrique et Telemly –, Merzak Allouache réalise dans son dernier film une saisissante cartographie sélective et subjective de la violence algérienne.

Entre espace public et sphère privée, sans retenue mais suivie de larmes et de remords, l'agressivité qui se déploie dans 'Les Terrasses' est pleine de contradictions. Chaque terrasse a ses non-dits que Merzak Allouache prend garde de ne jamais éclaircir tout à fait. Ainsi l'homme qui torture son frère à mort, l'alcoolique qui loue quelques mètres carrés de toit à des démunis et le prédicateur qui garde enfermé dans une niche un membre de sa famille sont-ils en permanence suspects de cruauté gratuite.

À part une rapide mention humoristique de la visite de François Hollande dans l'unique artère de la ville repeinte pour l'occasion, le politique est absent des terrasses. Grâce à sa maîtrise des silences et son choix d'une structure éclatée, Merzak Allouache parvient à rendre pesante cette lacune. Au désœuvrement de jeunes musiciens sans lieu pour répéter, à la silhouette figée d'une jeune femme battue par son mari ou encore au désespoir d'une vieille femme réfugiée sur un coin de terrasse avec son fils drogué et sa fille mutique, on comprend que le malaise des 'Terrasses' vient avant tout d'une profonde crise de confiance dans les mouvements politiques.

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