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Les sorties ciné de la semaine

Edito du 30 octobre


Chaque mercredi, M. Spoiler, critique de films sans foi (sauf mauvaise) ni loi (sinon injuste), passe au scanner les sorties cinéma de la semaine. Attention, il a les yeux qui piquent.

Avec trois films marquants sortis coup sur coup les trois dernières semaines, celle-ci, évidemment, risque de paraître un peu pâlotte. Chacun dans son registre, 'La Vie d'Adèle', '9 mois ferme' et 'Gravity' avaient en effet de quoi remplir les salles pour un bon moment...

"Comment ça, mon film vaut pas un clou ?"

"Comment ça, mon film vaut pas un clou ?"

Ce mercredi, ce n'est donc certainement pas 'Thor : Le Monde des ténèbres' qui risque de nous impressionner, en dépit des 455 cinémas de l'Hexagone que le dieu nordique à tête de batteur de hard rock s'apprête à truster comme un malpropre. D'abord parce que son super-pouvoir – qui consiste peu ou prou à taper le sol avec un marteau géant – reste l'un des plus débiles que le prolifique Stan Lee ait pu imaginer ; mais surtout parce que le film de super-héros, genre pourtant inventif depuis que Christopher Nolan daigna sortir Batman du grenier où Joel Schumacher l'avait remisé (souvenez-vous de l'ignoble 'Batman et Robin' avec George Clooney), ne cesse désormais de s'abîmer dans les stéréotypes les plus lourdauds. Bref, autant faire un tour à la bibliothèque municipale, ça vous coûtera moins cher.


Autre signe des temps, à côté du sempiternel repompage de héros Marvel, la tendance lourde en salles cette semaine paraît celle du remake blockbusté. Encore une marque de l'époustouflante audace des producteurs. Premier exemple : 'Fonzy', qui reprend mot pour mot le synopsis de 'Starbucks', comédie artisanale québécoise de 2011 (plutôt rigolote), en lui associant José Garcia et le nom d'un protagoniste de 'Happy Days'. Cocktail lorgnant assurément vers le laxatif, sur l'histoire d'un donneur de sperme qui se découvre père de plusieurs centaines de gamins. Autrement dit, un film authentiquement paresseux pour engranger des recettes sans une once d'imagination. Eh ouais, encore un, présent dans pas moins de 245 salles en France, où l'on évitera soigneusement de se rendre.


"Dis donc, c'était pas toi, la morte dans 'Batman' ?"

"Dis donc, c'était pas toi, la morte dans 'Batman' ?"

Apparemment plus ambitieux, 'Blood Ties' de Guillaume Canet (dont, contrairement à ce qu'on pouvait croire, le titre ne signifie pas « cravates sanglantes ») reprend quant à lui 'Les Liens du sang' de Jacques Maillot, sorti en 2008 et dans lequel jouait... Guillaume Canet ! Autant dire que le bonhomme ne se sera pas beaucoup creusé la tête pour trouver la base de son remake. Ceci dit, en s'associant à James Gray au scénario et en tournant en anglais avec des stars internationales (Clive Owen, Billy Crudup et la môme Cotillard), Canet tente manifestement de faire de son film ce que Ben Affleck avait commis avec 'Argo' : un polar néo-vintage, hyper-typé seventies, histoire que la critique et le public puisse se pâmer devant un film « scorsesien » – ou ses variantes : « à la Pakula », etc. Ce qu'on préfère finalement appeler, de notre côté, un « film Instagram », qui nous donnerait plutôt envie de revoir directement 'Scarface' – version De Palma avec Pacino en 1983, qui ressort au Grand Action cette semaine... De toute façon, depuis son insupportable 'Les Petits Mouchoirs', immense succès au box-office écharpé par la presse, Canet est un sujet qui fâche, poussant immanquablement la critique et le public au divorce le plus complet. En somme, inutile d'ergoter (restons amis), son film ayant à la fois tout pour réussir (343 salles de cinéma et moult colonnes Morris) et suffisamment pour agacer.


"A nous de vous faire préférer le train... Tu parles !"

"A nous de vous faire préférer le train... Tu parles !"

Passons donc au film à grand budget réussi de le semaine (comme quoi, ça existe), qu'on vous conseille chaleureusement malgré son titre : 'Snowpiercer, le Transperceneige' de Bong Joon-ho, réalisateur des excellents 'The Host' et 'Mother', parti aux Etats-Unis y adapter la bande dessinée française de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette – tiens, tiens, encore une adaptation de BD... Car si, comme on pouvait s'y attendre, le système de production américain aura un peu alourdi la créativité du Coréen, le résultat, politique et ambitieux, reste largement à la hauteur. Mais peut-être, las des effets spéciaux (ou carrément spécieux s'agissant de 'Thor'), aurez-vous aussi envie d'un petit film indé de derrière les fagots ?


"Bon alors, tu l'as choisi, ton film ?"

"Bon alors, tu l'as choisi, ton film ?"

Auquel cas, faites donc confiance au sympathique 'Prince of Texas' de David Gordon Green, revenu à la production artisanale après un détour superflu par Hollywood. Sans complètement renouveler le genre du road-trip, le film de Gordon Green se révèle en effet intelligent, drôle, avec une agréable pointe d'étrangeté. Sinon, notez aussi le curieux 'Attila Marcel', qui marque le passage de Sylvain Chomet – jusque-là réalisateur de films d'animation au parcours sans faute ('La Vieille Dame et les pigeons', 'Les Triplettes de Belleville', 'L'Illusionniste'...) – à un cinéma en chair et en os ; ce qui peut valoir le coup d'œil. En revanche, prenez garde : vous risqueriez fort de roupiller sévère devant le dernier film de Valeria Bruni-Tedeschi, 'Un château en Italie', chronique nombriliste de pauvre petite fille riche qui, se voulant touchante et sincère, nous aura plutôt mis dans l'embarras.


Enfin, pour ceux qui en auraient assez d'entendre parler de cinéma avec ses héros et losers, reste la musique : entre 'Le Regard de Georges Brassens', film nostalgique et curieux, élaboré à partir des home-movies du poète à moustache, et 'Alexandre Tharaud - Le Temps dérobé', documentaire sur le jeune prodige du piano classique – qui interprétait, d'ailleurs, l'ancien élève d'Emmanuelle Riva dans 'Amour' de Haneke : signe indéniable d'une cinéphilie de bon aloi de la part du musicien. Sinon, il y a toujours la politique (la vraie, pas ce truc d'acteurs de seconde zone dont parlent les sondages), à travers la reprise au Nouveau Latina de l'excellent 'Le Fond de l'air est rouge' de Chris Marker : trois heures sur les espoirs et désillusions de Mai 68, en parallèle à la manifestation 'Planète Marker' au Centre Pompidou. Même si, en ce moment, plutôt que rouge, le fond de l'air paraît surtout bien frais. En même temps, me direz-vous, les goûts et les couleurs...


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