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Les sorties ciné de la semaine

Edito du 6 novembre

Chaque mercredi, M. Spoiler, critique de films sans foi (sauf mauvaise) ni loi (sinon injuste), passe au scanner les sorties cinéma de la semaine. Attention, il a les yeux qui piquent.


Ce mercredi en salles, c'est tout simplement la semaine du vintage ! D'abord avec le dernier film des frères Coen, 'Inside Llewyn Davis', fresque cool, amère et mélancolique sur les tribulations d'un folk-singer incompris, dans le Greenwich Village du début des années 1960. Tendre et cruel, avec un beau barbu ténébreux (Oscar Isaac) et Carey Mulligan (cette fille au physique banal qui mériterait un article à elle seule), pour une célébration de la musique américaine dans la lignée de 'O Brother'... 'Inside Llewyn Davis' a donc tout pour nous donner une brutale envie de chanter à tue-tête un classique "Man of Constant Sorrow", que ce soit dans la version de Dylan ou avec la tronche de George Clooney.


Bon, sinon, disons-le tout de suite : le reste des films de ce mercredi paraît immédiatement moins attrayant. Et l'on remarque que la plupart se tourne également vers le passé. Qu'il s'agisse du documentaire sur la Résistance 'Les Jours heureux', starring Stéphane Hessel, ou de la fiction 'Le Médecin de famille' de Lucía Puenzo, inspirée de la vie de retraité nazi de Joseph Mengele en Patagonie (autre ambiance, tout à coup), le milieu du dernier siècle continue sans surprise d'inspirer le cinéma. Et on ne vous compte pas les nombreuses reprises d'anciens films cette semaine, à commencer par 'Une femme douce' de Bresson (d'après une nouvelle de Dostoïevski et en couleur) et plusieurs films d'Alain Robbe-Grillet.


Bref, comme le dirait ma collègue du fond du bureau à droite en retirant son traditionnel attirail de roller-derby : le vintage n'est pas mort ! Une preuve de plus avec 'Violette' de Martin Provost, où le réalisateur de 'Séraphine' renoue avec les portraits d'artistes méconnues, pour un biopic made in Quartier latin sur l'écrivain Violette Leduc, avec Emmanuelle Devos dans le rôle-titre et Sandrine Kiberlain en Simone de Beauvoir. Jolie duo d'actrices, déjà agréablement redécouvertes ces dernières semaines dans 'La Vie domestique' et '9 mois ferme'. Enfin, quitte à revivre le passé, autant y aller franchement : telle semble l'idée d''Il était temps', comédie romantique à l'anglaise à base de déplacements temporels. Et qui, précisément, sent le déjà-vu.


Toutefois, la palme du passéisme se voit remportée cette semaine, et assez largement, par 'La Stratégie Ender'. Et cela, dès son affiche, figurant sans vergogne Harrison Ford en épigone vieilli d'Han Solo histoire d'aguicher les amateurs de 'Star Wars' – qui, pourtant, connaissent déjà certainement le roman d'Orson Scott Card, dont le scénario du film (un conflit humains VS insectes extra-terrestres) est tiré. Ah, nostalgie du futur, fétichisme et grosses bestioles...


Moins vintage, quoique relevant déjà d'un passé médiatique antédiluvien, 'Quai d'Orsay' nous fait quant à lui revivre l'heure d'une France « héroïque », où Villepin faisait un gros doigt à Colin Powell. Ce qui, sur le moment, était assez kiffant, il faut reconnaître. Un Villepin qu'on regretterait presque, du coup, avec ses citations de René Char et d'Héraclite. Pour oublier définitivement ses vilaines histoires de crocs de boucher, il ne lui manquait plus que la tête de Thierry Lhermitte. C'est désormais chose faite ; sans doute avec autant de méticulosité historique que dans un bouquin de Lorànt Deutsch, mais enfin, la bande dessinée de Christophe Blain et Abel Lanzac (aka Antonin Baudry) était drôle et en ce moment, la BD marche fort au cinéma – même si, souvent, mieux vaut se rendre directement à la bibliothèque.


Mais enfin, me demanderez-vous alors, désemparé comme l'agneau qui vient de naître, que reste-il pour regarder au-devant – ou ne serait-ce qu'au présent ? Le verdict des salles paraît implacable ce mercredi : le présent, c'est la solitude. Dur. Mais apparemment, vous avez le choix. Soit en rejoignant François Cluzet sur un affreux catamaran dans 'En solitaire', sorte de pub Groupama pour le Vendée Globe qu'on évitera soigneusement, puisque de toute façon on a le mal de mer et qu'on n'est pas spécialement dans la glorification du sport et de ses sponsors – surtout devant le tsunami hexagonal de plus de 500 salles où le film s'apprête à s'échouer. Donc, autre voie possible vers la solitude : suivre un 'Sâdhu', ermite isolé dans une grotte au fin fond de l'Himalaya. D'un coup, évidemment, c'est plus radical qu'un tour en bateau – d'autant qu'il vous faudra sans doute vous rendre sur les Champs-Elysées, aux cinémas Publicis, pour voir ce rare documentaire. Faut avoir envie, quoi.


Finalement, l'ultime alternative convaincante au passé – et au charme à l'ancienne d''Inside Llewyn Davis' – nous semble donnée par le film de Jacques Doillon, 'Mes séances de lutte' : proposition étonnante, viscérale, d'un corps à corps sensuel entre jeux du désir, psychanalyse et belles bastons dans la boue, avec Sara Forestier et le danseur-acrobate-acteur-et-j'en-passe James Thierrée. Et pour un supplément de douceur, vous pourrez jeter un œil à 'Les Petits Canards de papier', très joli programme d'un peu plus d'une demi-heure de courts métrages d'animation chinois, aux airs de poèmes doux et enfantins, réalisés dans les années 1950 et 60 à partir de papiers pliés par un maître du genre, Yu Zheguang. Retour à la nostalgie, donc. Mais après tout, c'est (presque) bientôt Noël.


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