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On a dansé suédois

Le Lunch Beat de l'intérieur

Dedans / © Valérie Toumayan


Rue Elzevir, dans le quartier du Marais, une centaine de personnes patientent, assises dans le jardin du Café Suédois. Un sandwich à la main, tous s'apprêtent à fouler une heure durant la piste de danse aménagée pour l'occasion. La porte s'ouvrira dans cinq minutes ; en attendant, les participants se dirigent vers le stand situé à côté de la porte où sont distribués les versions suédoises du jambon-beurre : chèvre-tapenade et boulettes de viandes-airelles.

Bien que le Lunch Beat n'ait pas de vocation à faire une quelconque promotion à son pays d'origine la Suède, l'équipe organisatrice a décidé elle de jouer la carte locale à fond. Quelques Suédois et Suédoises déambulent d'ailleurs dans le jardin. Ceux-ci sont majoritairement des membres de l'Institut ou des amis de ceux-ci désireux de passer leur pause déjeuner à s'amuser. Le reste de la population est constitué de travailleurs du quartier, mais aussi de quelques groupes venus en métro, attirés par la formule. La moyenne d'âge se situe à vue de nez légèrement en-dessous de la trentaine et les genres représentés sont extrêmement larges. Du costume de fonction au t-shirt/jean en passant par les intermédiaires, tous les styles sont représentés. Alors que l'aiguille des minutes a fini sa révolution, la musique commence à retentir à l'intérieur du bâtiment. Les premiers entrés se lancent alors dans la danse.

Chacun a sa méthode pour profiter au maximum de l'évènement. Certains ont déjà dévoré leur encas avant de se lancer, d'autres le gardent pour plus tard. La transition entre le monde extérieur et la piste, que tous appréhendent, se fait en deux coups d'œil jetés à travers la pièce et les premières secondes de flottement laissent rapidement la place au laisser-aller. Les plus motivés sont déjà en train de danser et enjoignent par leurs mouvements circulaires les suivants à les rejoindre. Certains se dépêchent. Ne pouvant rester soixante minutes, ils termineront leur heure d'exercice en courant sur le chemin du retour. Trente minutes de danse, c'est déjà mieux que zéro, même s'il faut pour cela se presser quelque peu pour rentrer travailler. A la moitié du chrono, la population s'est régénérée à hauteur d'un tiers grâce au flux de personnes quittant et entrant dans les lieux. La température, elle, est montée de plusieurs degrés, tout comme l'intensité à l'intérieur. Quand la musique s'arrête, une petite cinquantaine de garçons et de filles claquent un dernier pas de danse avant d'applaudir le DJ puis de reprendre le cours de leur journée.

Imprimé et en libre-service, le manifeste que tiennent religieusement les organisateurs spécifie expressément qu'il faut s'amuser, boire de l'eau et qu'aucun alcool ne sera toléré. Les organisateurs, eux, insistent sur la liberté du concept. « Libre à vous d'organiser le vôtre. Il vous suffit de respecter les dix règles et de contacter l'équipe suédoise qui a lancé le projet pour avoir le label Lunch Beat. » Passé l'amusement d'aller danser en journée et l'appréhension que cela suscite, le Lunch Beat est une forme de loisir sain, entre la thérapie par le rire et celle par le sport. On mange, on s'hydrate et l'on danse. Superpoze, dont il s'agit de la première participation à un événement du genre, est ravi. Lui qui n'a plus l'occasion de faire des DJ sets en tournée s'enthousiasme de voir des gens venir danser entre midi et deux pour se décontracter. Ceux-ci, en quittant les lieux, arborent un sourire franc. Passé l'attrait de la nouveauté et la curiosité qu'il suscite, il semblerait que le succès de Lunch Beat réside précisément dans l'agréable sensation de retourner travailler la tête vidée.

  • © EChirache

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