Monument 0 : hanté par la guerre

Danse
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Monument 0 : hanté par la guerre
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Le plateau est baigné dans le noir. Dans la pénombre, nos pupilles non aguerries ne réussissent à distinguer que des dizaines de petites pancartes en bois. Une scénographie austère pour un spectacle à l'esthétique et au propos radical. 'Monument 0 : hanté par la guerre' n'est pas une pièce de danse ordinaire.

Chez Eszter Salamon, chorégraphe d'origine hongroise, le mouvement va à la confrontation, le geste s'inscrit dans l'Histoire. Une danse conceptuelle interprétée sur scène par six danseurs en académique couleur cendre. Boglárka Börcsök, Ligia Lewis, João Martins, Yvon Nana-Kouala, Luis Rodriguez et Corey Scott-Gilbert se donnent corps et âmes aux motifs dansés qu'Eszter Salamon a écrits pour eux.

Des mouvements qui mêlent danses tribales et hip-hop, coups de bâton sur le sol et grimaces face public. Dans le dossier de presse, on apprend ainsi que « les six interprètes s'approprient des dizaines de danses populaires et tribales issues des cinq continents. » Et surtout, que « toutes ont été ou sont pratiquées dans des régions marquées par des guerres et des conflits fortement liés à l'histoire de l'Occident. » Sur le plateau, le discours est, avouons-le, moins explicite. Et cela malgré les efforts déployés pour le maquillage et les costumes par la scénographe du spectacle Vava Dudu. Masques, peintures et danses guerrières pour ressusciter les fantômes, commémorer les morts et garder en mémoire les combats qui dépouillent les pays et les hommes.

Fiévreux, le langage chorégraphique tourne parfois en rond et mérite souvent un sous-texte. Au terme du spectacle, on ne sait pas trop si l'ensemble est caricatural ou sensible, militant ou historique. Reste que sa création nerveuse représente un moment de danse unique, à voir donc (enfin, si vous aimez la danse). 

Par Elsa Pereira

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