Amy

Cinéma, Documentaire
Recommandé
4 sur 5 étoiles
Amy

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

« Moi, devenir célèbre ? Je ne pense pas. Je ne pourrais pas gérer. Je crois que ça me rendrait complètement folle. » C’est le genre de propos glaçant qui émaille ce documentaire sur l’ascension et la chute tragiques d’Amy Winehouse. Avec ce film, chaudement salué à Cannes et violemment désavoué par la famille de l’artiste, Asif Kapadia, réalisateur de ‘Senna’, peint une fois de plus un portrait sensible, poignant et tout en nuances, à partir d’images préexistantes de la chanteuse. Un travail d’archives colossal, tissé avec beaucoup d’intelligence, de subtilité et de séquences filmées au téléphone portable ou au caméscope, qui saisissent à la volée quelques mots échangés sur la banquette arrière d’un taxi, les bouffées d’air englouties pendant les vacances ou les instants plus intimes – et cruels – enrobés de crack et d’aluminium. L’ensemble est imbibé d’une bande-son qui laisse couler les blues ouatés de Winehouse, tout en déversant au compte-goutte les voix de ses proches (famille, amis, collègues, médecins, gardes du corps…). Des témoignages bienveillants et préoccupés pour la plupart, qui irriguent les 128 minutes de bobine d’une tendresse palpable illuminant l’obscurité. Sans emphase gratuite, ni pathos dégoulinant.

Quatre ans après la terrible accession d’Amy Winehouse au « club des 27 » (où elle a rejoint Jimi Hendrix, Janis Joplin, Kurt Cobain ou Jim Morrison), tous disparus comme elle à l’âge de 27 ans, Kapadia ne cherche pas à mettre les points sur les « i » quant à la disparition prématurée de la compositrice. Aux réponses hâtives et simplistes, le réalisateur britannique, qui suit les premiers pas de la chanteuse dans l’industrie de la musique en 2001 jusqu’à son décès en 2011, préfère l’ambiguïté. Ici, il n’est pas question d’ériger de statue aux contours finement ciselés, mais de reproduire au contraire le tourbillon d’une carrière harassée par une célébrité galopante, un noyau familial éclaté, des amours destructrices. Et puis, effet domino oblige, les excès, la boulimie, la dépression, l’alcool et la drogue au pluriel.

De quoi ébaucher la triste chronique d’une mort annoncée et un annuaire de coupables épais comme les Pages Jaunes. Tellement épais que Kapadia, finaud, ne s’amuse pas à montrer quiconque du doigt. Mais certains en sortent peu glorieux : notamment le père de la victime, Mitch. Le genre de papa qui vient chercher sa fille à la sortie de sa cure de désintox’ avec une fine équipe de téléréalité. Ou Blake Fielder-Civil, l’ex-époux antipathique qui s’embourbe ici dans une diarrhée verbale de souvenirs, grommelés sans remords.

Et pourtant, ‘Amy’ ne peint pas un tableau aussi noir qu’il y paraît. Espiègle, brillante, crue, drôle, culottée, Winehouse emplit son portrait posthume d’un éclat bouleversant – du moins, jusqu’à ce que le crack et l’héroïne ne viennent fissurer son sourire. Au fil du documentaire, le talent et la personnalité de la chanteuse ouvrent de vastes fenêtres de lumière, surtout dans les séquences presque candides filmées par son premier manager, Nick Shymansky, alors qu’elle avait à peine 16 ans. Et puis, il y a la musique, évidemment. Tous ces morceaux qui arrêtent le temps, comme ce duo avec Tony Bennett ou l’enregistrement de ‘Black to Black’ aux côtés de Mark Ronson. De quoi tirer quelques larmes à une bouteille de gin, sifflée cul sec et envoyée à la casse.

Mais alors, une fois qu’il ne reste plus personne pour chanter, Kapadia nous laisse avec un cortège de figurants impuissants pour les uns, démissionnaires pour les autres. Les parents, absorbés par leurs propres problèmes ou intérêts. Les amis d’enfance, frustrés et désarmés. Le mari, aveuglé par son égoïsme. L’industrie musicale, incapable d’éprouver une quelconque empathie. Et Amy Winehouse, cette gamine bourrée de talent, mais désespérément vulnérable. Vampirisée par son destin et son entourage avant de disparaître dans la nuit noire. Back to black, quoi.

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Crédits

Réalisateur
Asif Kapadia