Chocolat

Cinéma, Drame
3 sur 5 étoiles
Chocolat

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Une formidable histoire, mais un regard qui manque de singularité

Rafael Padilla, alias Chocolat. Ce nom ne vous dit peut-être rien. C’est pourtant celui du « premier artiste noir de la scène française », comme le définit l'historien Gérard Noiriel. Chocolat a en effet connu la gloire vers la fin du XIXème siècle, en formant un duo comique avec le comédien George Footit, avant de tomber dans l’oubli. Aujourd’hui, son parcours hors du commun se voit enfin retranscrit sur grand écran, porté par le très populaire Omar Sy et mis en scène par Roschdy Zem.  

Il faut savoir que 'Chocolat' est d’abord une histoire d’amitié. Celle qui se lie autour de la rencontre et de la collaboration entre des personnages pleins de contradictions. Dans les peaux du « Clown Blanc et de l’Auguste », James Thierrée et Omar Sy trouvent chacun un rôle à leur mesure. Alors que le premier captive par son jeu mélancolique, le second se montre plus solaire, bien que tout aussi tourmenté. Mais c’est l’alchimie qui unit le duo d’acteur qui rend irrésistibles toutes leurs interactions et prestations. 

Cette relation singulière, au centre du biopic, donne toute son énergie au message de tolérance porté par le film. Les problématiques abordées sont d’autant plus importantes qu’elles n’ont pas l’habitude d’être traitées dans les films d’époques français, où le racisme est rarement un thème central. Toutefois, même si Chocolat a le mérite d’attaquer le sujet de front, il le fait parfois en manquant de subtilité. Alors que certaines situations capturent à merveille la position délicate dans laquelle se trouve son personnage principal, d’autres paraissent inutilement violentes et caricaturales. Cette insistance maladroite sur le racisme de l’époque, alors que celui-ci est palpable pendant tout le film, vient  ainsi atténuer la force du propos cher au réalisateur.  

Les quelques libertés prises avec le matériau de base – le film s’inspire de la biographie de Rafael Padilla écrite par Gérard Noiriel en 2012 – n’empêchent toutefois pas le long-métrage de Roschdy Zem de rendre un hommage efficace à son héros. Peut-être un peu trop. De manière machinale, la caméra capture les événements sans jamais apporter un regard singulier sur ce qu’il se passe à l'écran. On regrette le classicisme de la mise en scène et le manque d’audace dans le traitement des situations et des images. Comme écrasé par le poids de la reconstitution, le rendu final est assez plat et dénué de personnalité. Pas sûr que le film marque les esprits autrement que par la puissance de son sujet. Reste la beauté des costumes et des décors, ainsi que la fulgurance de certaines séquences – comme les fabuleux numéros de pantomime de Chocolat et Footit – pour faire vivre cette histoire qui attendait juste qu’on la raconte.

Par Thomas Sevin

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Infos

Détails de la sortie

Date de sortie
mercredi 3 février 2016
Durée
110 mins

Crédits