Dans le noir du temps

Cinéma
Dans le noir du temps

Court métrage réalisé par Jean-Luc Godard.

Film collectif en deux parties, Ten Minutes Older regroupe un ensemble de segment de dix minutes, pour autant de réflexion sur le thème du temps. Godard propose ici une forme expérimentale qui se rapproche de ce qu’il développe avec ses Histoire(s) du Cinéma : le collage comme remaniement narratif, la réhabilitation des souvenirs (qu’ils soient d’image ou de son), et la tentative toujours de saisir les méandres de l’aventure humaine. Sans ménagement. Mais ce parcours est également l’occasion de dessiner les dérives de ce nouveau millénaire, ce qu’il ne cessera de développer par la suite (dans Les Trois Désastres et Adieu au Langage notamment). Ce néant à venir, c’est le passage de notre propre temps, nos égarements, nos souffrances, nos oublis. L’absence de ce qui devrait faire de nous des humains. Toute cette mélancolie qui nous pousse à ne plus croire et qui oblige Godard à remodeler les images, réécrire par-dessus, reconditionner pour essayer de mieux comprendre. Un déclin annoncé, dont il tente presque de précipiter l’issue (les livres à la poubelle, les ralentis toujours, le sang qui finit même par couvrir le noir et blanc). Le Spiegel in Spiegel de l’Estonien Arvo Pärt devient alors le doux requiem de ce qui est désormais voué à disparaitre : la jeunesse, la mémoire, l’amour, le cinéma. De toutes ces images qui restent comme une main qui se tend, sur un lit de mort, pour nous raconter une dernière fois l’histoire de ce feu qui brûle. Et puis s’éteint.

Par Gildas Madelénat

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