David Lynch : The Art Life

Cinéma, Documentaire
4 sur 5 étoiles
David Lynch : The Art Life

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Documentaire étonnant et malin sur un David Lynch en roue libre, 'The Art Life' approche le cinéaste et plasticien comme on ne l'avait encore jamais vu.

Voilà déjà plus de dix ans qu'est sorti le dernier long métrage de David Lynch, 'Inland Empire', en 2006. Or, vu qu'on attend - assez impatiemment, avouons-le - une nouvelle saison de 'Twin Peaks' pour mai prochain, on ne saurait résister à l'envie de prendre quelques nouvelles du cinéaste le plus chelou d'Hollywood, désormais âgé de 71 ans. Ca tombe bien : c'est à ces retrouvailles que nous convie 'The Art Life', documentaire au protocole très libre, qui tombe à point nommé pour nous rappeler qui, au fond, est David Lynch.

'Coffee and Cigarettes' : le titre d'un des films les plus pince-sans-rire de Jim Jarmusch aurait pu convenir à merveille à celui-ci. Car David Lynch passe ses journées (et ses nuits, semble-t-il) à boire du café et fumer des clopes… mais aussi - et l'on s'y attend moins - à peindre. Initié à la peinture alors qu'il était adolescent, puis formé aux Beaux-Arts de Boston (dont il sèchera tout de même vite les cours, l'académisme n'étant pas vraiment son fort), Lynch se considère en effet comme plasticien avant tout. Voire, son travail de réalisateur peut même se regarder comme un prolongement naturel de sa peinture - ce que Lynch suggère lui-même, en racontant l'hallucination qu'il a eue, plus jeune, d'un « tableau mouvant ».

C'est là le premier mérite de 'The Art Life' : mettre en perspective ce que l'on connaît de David Lynch (son cinéma) à travers ce qu'on ignore de lui, à travers sa pratique passionnée des arts plastiques. Mais l'autre grand intérêt du documentaire de Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm, c'est son dispositif souple, ouvert, qui laisse le champ totalement libre au cinéaste - dont la voix sèche, aux hauts médiums métalliques, résonne, seule, à travers l'ensemble du film.

Ainsi le réalisateur se laisse-t-il aller, confiant et songeur, à la méditation solitaire, à voix haute, fouillant ses souvenirs d'enfance avec une précision étrange, associant parfois les idées comme le ferait une cure psychanalytique. Et cette mémoire au travail, sans filtre (contrairement aux 2 000 clopes que David fume au cours des quatre-vingt-dix minutes de ce film), nous renseigne finalement sans doute davantage que le ferait n'importe quel discours critique sur son travail.

Comment fonctionnent le souvenir, les images mentales, les traumatismes enfouis, les désirs tus ? Et comment les raconter, les retrouver, les sortir de leur latence, les conserver ? Ce qui fonde la créativité de Lynch, au fond, nous apparaît ici directement, au moment même où ses intuitions prennent forme. Des intuitions qui nous rappellent d'ailleurs parfois furieusement ces séquences de cauchemars éveillés qui parsèment son œuvre filmique. A tel point que, devant les histoires et anecdotes que livre ici le cinéaste, on a comme l'impression de se perdre dans la narration sinueuse d'un de ses propres films. 


On ne peut donc que saluer le très beau travail de montage, sensitif et onirique, réalisé par Olivia Neergaard-Holm - qu'on connaissait déjà comme monteuse et scénariste de l'excellent 'Victoria' de Sebastian Schipper et qui parvient ici à nous faire pénétrer l'imaginaire touchant et tordu du réalisateur. Un film à la créativité communicative qui, à défaut de nous pousser à écrire des films ou à peindre comme Basquiat, nous aura au moins donné une folle envie de lire 'The Art Spirit' de Robert Henri (jadis livre de chevet d'un Lynch apprenti artiste) et de revoir au moins 'Eraserhead'... Ou encore, plus simplement, de fumer un bon gros paquet de cigarettes en savourant un café tiède au soleil. En se disant qu'au bout du compte, l'art, c'est la vie.

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Détails de la sortie

Crédits

Réalisateur
Olivia Neergaard-Holm, Rick Barnes, Jon Nguyen

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