Gummo

Cinéma, Drame
4 sur 5 étoiles
Gummo
Gummo

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Avant de réaliser Spring Breakers, son plus gros succès public, Harmony Korine avait plutôt tendance à sonder les bas-fonds d’une Amérique tarée, bourrée de rednecks désœuvrés, de dingos flippants, d’antihéros white trash. A l’époque de ce premier film, Harmony Korine est surtout connu pour avoir été, à 18 ans, le scénariste du Kids de Larry Clark – déjà passablement choquant pour ses dialogues et sa vision crue du sexe adolescent. Pourtant l’esthétique de Gummo se rapproche davantage de celles d’un John Waters ou d’une Nan Goldin (The Ballad of Sexual Dependency), mâtinée de home movie à la Jonas Mekas. Autrement dit, Gummo est un film crado, aux airs délibérément amateurs. Bordélique et souvent grotesque, avec son armada de freaks plus ou moins débiles, où l’on tire au fusil sur des chats, où l’on se fout sans raison des beignes dans la cuisine...

Avec sa tonalité je-m’en-foutiste, passant sans vergogne d’un support à l’autre (vidéo, DV, Super-8…), Gummo peut facilement faire penser aux premiers albums de Beck (Mellow Gold, One Foot in the Grave). Choquant parfois jusqu’à la complaisance, Gummo semble se revendiquer raté, insensé, clochardisé, sorti d’une poubelle. Pourtant, il dégage en cela une étrange beauté, liée à son appréhension, très musicale, du temps. Comme un gros trois feuilles plein à craquer d’un shit dégueulasse mais qui tabasse, le film de Korine réussit à suspendre le temps, à saisir l’immédiat chaos du réel, l’évanescence des instants d’ennui, la radicale bizarrerie d’être au monde, dans ce monde. Et il le fait avec trois bouts de ficelle.

Infos

Détails de la sortie

Crédits